Discret dans les médias, le président et actionnaire majoritaire Johann Rupert a sonné la riposte dans un entretien accordé au journal Finanz und Wirtschaft. Selon lui, il n’y a aucun besoin de faire des changements au sein du conseil d’administration de Richemont. «Bluebell ne cherche qu’à obtenir de la visibilité, et ce en investissant seulement une petite somme d’argent. Il ne s’agit ni de gouvernance, ni de performance», estime-t-il.

La structure de l’entreprise permet à Richemont «de planifier à moyen et long terme», défend l’homme d’affaires sud-africain, âgé de 72 ans, et dont la succession fait souvent l’objet de spéculations. Selon lui, c’est aussi «une protection contre les prédateurs» qui pourraient attaquer l’entreprise, ajoutant que tous les groupes de luxe qui réussissent sont en mains familiales.

Le fonds basé à Londres reproche au numéro deux mondial du luxe, derrière LVMH, de ne pas faire de place aux porteurs d’actions de type A au sein de son conseil d’administration, alors qu’elles «représentent 90,1% des intérêts économiques du groupe». Johann Rupert concentre tous les pouvoirs avec 9,1% du capital, soit les actions dites B, mais 50% des droits de vote.

Victoire d’étape

Si les porteurs des actions A, cotées en bourse, ont en théorie le droit à un siège, «aucun des administrateurs actuels» ne les représente pour l’instant, souligne le fonds. Dans une lettre adressée en juillet à Richemont, Bluebell proposait la candidature de l’ancien patron du joaillier italien Bulgari, Francesco Trapani, qui est aussi un des fondateurs du fonds activiste. Ce dernier demandait également la modification des statuts de l’entreprise afin de s’assurer à terme que les porteurs d’actions A et B soient représentés à égalité.

Sans surprise, Richemont a recommandé à ses actionnaires de rejeter la demande de faire entrer Francesco Trapani au conseil d’administration. Dans sa convocation pour l’assemblée générale annuelle, publiée lundi, le groupe propose toutefois de faire élire Wendy Luhabe, qui est déjà administratrice depuis 2020, afin de représenter les porteurs d’actions de type A.

«Pour la première fois, nous avons réussi à faire reconnaître à l’entreprise que les porteurs d’actions A ont le droit à une représentation», se félicite Guiseppe Bivona, cofondateur et directeur des investissements de Bluebell. La proposition de faire élire Wendy Luhabe comme représentante des détenteurs d’actions A n’est toutefois «ni acceptable, ni crédible. Leur réponse signale au marché le problème que nous soulignons», relève-t-il.

Une gouvernance d’un autre temps

Richemont, propriétaire notamment des marques Cartier, Jaeger-LeCoultre, IWC et Montblanc, est régulièrement critiqué pour sa gouvernance, tant sur le manque d’indépendance des membres du conseil d’administration que sur la double structure du capital. «La situation s’améliore, mais il reste encore du travail à accomplir», indiquait l’an passé le directeur d’Ethos Vincent Kaufmann. La fondation, qui conseille les investisseurs, n’a pas encore pris position sur les revendications de Bluebell, car elle n’a pas fini de formuler ses recommandations pour les assemblées générales.

Lire aussi: Richemont améliore sa gouvernance, mais peut mieux faire

A ce stade, il semble peu probable que Bluebell, qui dispose d’une faible participation, puisse obtenir gain de cause. «La structure de Richemont est dépassée par rapport aux pratiques modernes de gouvernance. Mais en fin de compte, c’est Johann Rupert qui décidera s’il y aura des changements dans la gouvernance actuelle de l’entreprise», estime pour sa part Jon Cox, analyste chez Kepler Cheuvreux.

Bluebell Capital s’est fait connaître pour avoir mené plusieurs campagnes contre de grands groupes internationaux. Le fonds avait notamment demandé à Glencore, le géant zougois du négoce des matières premières, de séparer le charbon thermique du reste de ses activités. En France, il a été à la tête d’une fronde d’actionnaires qui a conduit l’an passé à l’éviction du patron de Danone, Emmanuel Faber, qui dirigeait le groupe alimentaire depuis 2014. L’assemblée générale de Richemont est agendée au 7 septembre.

Lire aussi: Les ventes de Richemont s’envolent, mais pas assez au goût des investisseurs