Quelques jours avant son introduction en Bourse en avril 1998, le patron de l'entreprise de microélectronique Cicorel promettait une amélioration progressive des résultats, déjà fort bons en 1997. Depuis pourtant, les affaires se sont engagées sur une pente descendante, notamment en raison de la crise asiatique et des frais engendrés par la construction d'un nouveau site à Boudry, dans le canton de Neuchâtel. En 1998, le bénéfice net consolidé chutait de 37% tout comme la marge bénéficiaire avant impôts et intérêts (8,2% contre 11,9% l'an précédent), tandis que le chiffre d'affaires s'appréciait de 14% à 41 millions de francs. Vendredi, la direction a annoncé qu'elle révisait à la baisse ses prévisions pour 1999. Des prévisions pessimistes qui n'incitent toutefois pas Christian Lehmann, directeur général de Cicorel, à rechercher un partenaire puissant.

En avril encore, Cicorel tablait sur une augmentation des ventes et de la marge bénéficiaire de plus de 20% d'ici à fin 1999. Mais selon les indications fournies vendredi, elle risque bien de devoir se contenter des mêmes résultats que l'année dernière. Les secteurs des cartes à puce et de l'horlogerie sont en effet fragilisés par la faiblesse des commandes de plusieurs clients importants, notamment un Français qui maintient son achat mais le diffère, et des Asiatiques. Ces derniers, depuis la crise financière et la guerre des prix livrée entre Citizen et Seiko dès l'été dernier, rechignent à se fournir dans une entreprise suisse qui ne peut, explique Christian Lehmann, diminuer ses prix de 30% pour s'aligner sur des fournisseurs locaux.

Cette évolution confirme le bien-fondé des efforts entrepris par le management pour réduire progressivement la dépendance de ces deux segments critiques, relève l'entreprise. «En 1993, les produits destinés à l'horlogerie représentaient près de 80% des ventes de Cicorel, précise Christian Lehmann. Aujourd'hui, nous avons réduit ce taux à 39% et nous comptons encore l'abaisser à 25%. Quant aux cartes à puce, leur part dans le chiffre d'affaires devrait passer de 29% à 20%. Je ne veux pas perdre des clients sur ces secteurs mais en gagner de nouveaux.» Cette stratégie est payante: cette année, la production d'appareils médicaux et de circuits imprimés pour les ordinateurs, les imprimantes et les téléphones portables se révèle plus favorable que prévu. Dernièrement, un contrat de plusieurs années a été conclu avec le Cern. Christian Lehmann se dit optimiste pour l'avenir, notamment grâce aux rationalisations rendues possibles par le regroupement du travail sur un seul site, celui de Boudry, à la fin de l'année.