Les voyages en avion viennent de s’ajouter à la longue liste de nos péchés environnementaux. Ils seraient un concentré de tous les défauts de notre société: inégalités sociales (du jet privé au low cost) et pollution. Certains veulent les bannir ou, du moins, nous culpabiliser. Pourtant, cet été, on nous annonce une congestion sans précédent des aéroports et du trafic aérien. Retour sur un psychodrame pas aussi drôle que ça.

Depuis que Greta Thunberg est allée à Davos en train pour «faire peur» aux chefs d’entreprise, les initiatives visant les voyages en avion prolifèrent: augmentation des taxes sur les billets, le carburant ou les droits d’atterrissage, interdiction des vols sur de petites distances, réintroduction des trains de nuit ou interdiction de l’avion pour les voyages d’études des écoliers.

Incontestablement, les voyages en avion sont polluants. Les transports représentent 25% des sources d’émission de gaz à effet de serre contre 51% pour l’industrie. A l’intérieur du segment des transports, la route représente 74% de l’ensemble, contre 13,1% pour l’aviation civile et 12% pour la navigation. L’émission de CO2 par kilomètre par personne est de 14 grammes pour le train contre 285 grammes pour l’avion. Effectivement, ce n’est pas terrible. Mais…

Peut-on raisonnablement espérer convaincre les gens de ne plus prendre l’avion? Ne doit-on pas plutôt améliorer leur efficacité énergétique? Les axes de recherche ne manquent pas: biocarburant ou hydrogène, meilleure portance des appareils, réduction du poids, aménagement de nouveaux couloirs aériens plus rapides, etc. Au salon du Bourget, les grands acteurs de l’aviation se sont engagés à réduire de moitié les émissions de CO2 d’ici à 2050.

Tourisme mondial en hausse

Pour le transport de marchandises, le vrai concurrent de l’avion est le train. Bien entendu, celui-ci ne peut pas aller partout ni aussi rapidement. Mais une évolution se produit, notamment à l’instigation des Chinois.

Duisbourg, en Allemagne, est le plus grand port du monde à l’intérieur des terres. Il est aussi devenu récemment le terminal ferroviaire de la Route de la soie. L’année dernière, 6300 trains sont arrivés depuis la Chine. Il est prévu que la cadence passe à 10 000 trains. L’avantage par rapport à la navigation est évident: il faut quarante-cinq jours pour aller en bateau de Chongqing à Duisbourg et seulement treize jours en train.

Pour le transport de passagers, c’est une autre histoire. Le développement du tourisme international résulte de la croissance démographique de nombreux pays et de l’élévation du niveau de vie. Il continuera à alimenter l’aviation. En 2018, il y a eu 1,4 milliard de touristes internationaux, en augmentation de 6% par rapport à l’année précédente. D’ici vingt ans, le nombre d’avions doublera. Par exemple, 150 millions de Chinois vont à l’étranger chaque année et près de 20 compagnies aériennes chinoises leur proposent des vols internationaux. Difficile de les convaincre de prendre le train ou le bateau.

Réparer plutôt que rejeter l’avion

L’aviation est importante d’un point de vue culturel. Voyager est un facteur d’éducation depuis l’Antiquité. C’est aussi un facteur de paix: plus on se rencontre, moins on se fait la guerre. C’est enfin un facteur de démocratie: les dictatures interdisent toujours à leurs citoyens de voyager.

Le débat sur l’aviation met en évidence un aspect inquiétant de notre réflexion moderne. Quand une technologie pose un problème, on a tendance à la rejeter comme un produit usagé, plutôt qu’à la réparer. Quand les premiers trains ont circulé au XIXe siècle, il y a eu plusieurs accidents mortels. Un, le 9 juin 1865 à Staplehurst, fit 10 morts et 50 blessés et fut décrit de manière saisissante par Charles Dickens, qui en avait été victime.

Pourtant, à l’époque, personne n’a suggéré d’abolir les transports ferroviaires et de retourner aux diligences. Le positivisme du XIXe siècle et la foi dans le progrès ont engendré de nouvelles technologies qui sécurisent et améliorent les chemins de fer. Et le train est devenu un transport de choix aujourd’hui. Pourquoi serait-ce impossible pour l’avion?


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