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Comme chaque été, les Européens se sont entassés dans des avions à la recherche d’un bout de plage de l’autre côté du monde. La saturation des infrastructures menace cette transhumance.
© Richard Newstead

Aéronautique

Le ciel est devenu une autoroute

Chaque minute, 71 avions décollent dans le monde. Les aéroports ne parviennent plus à suivre la frénésie du transport aérien. Mais de nouvelles solutions pourraient sauver la transhumance estivale

Encore un été. Un été de plus, où la moitié des habitants de l’Europe occidentale s’est entassée dans des avions à bas coût pour aller chercher un bout de plage de l’autre côté du monde. Une transhumance qui représente 4,085 milliards de passagers, selon les dernières prévisions de l’Association internationale du transport aérien (IATA) pour 2017.

L’aviation civile vit ses meilleures heures. Chaque minute, 71 avions décollent dans le monde. Une fréquence comparable au rythme cardiaque. En Europe, le nombre de passagers a augmenté de 8,8% cette année. Une croissance que ne freinent ni le réchauffement planétaire ni les attentats terroristes.

Ni même la sécurisation croissante de l’aéronautique. La compagnie américaine United Airlines a généré 846 millions de dollars (814 millions de francs) de bénéfices sur le premier semestre de l’année, malgré l’expulsion violente et médiatisée de l’un de ses passagers.

Des cadences infernales

«L’explosion du nombre de passagers a pris tout le monde de court», explique Ross Aimer, directeur du cabinet de conseil américain Aero Consulting Experts. «Personne n’a imaginé que la demande atteindrait de telles proportions. Il y a trop d’avions et plus assez d’infrastructures.»

Conséquence: les cadences sont devenues infernales. Quelque 30 minutes pour débarquer et embarquer des centaines de passagers et leurs bagages du côté de la compagnie à bas coût EasyJet. Les pilotes du groupe aux 74,5 millions de voyageurs annuels s’en sont plaints au plus fort de l’été, dénonçant, dans une lettre, une situation où «l’employé est réduit à une variable d’ajustement, un coût. Et le passager à un profit.»

Lire aussi «En Suisse aussi, les pilotes d’EasyJet sont sous pression»

Les compagnies cumulent des milliers d’heures de retards. Soit plus de 167 400 vols pour l’Europe, selon le site Flight Stats, qui tient un registre mondial. Avec l’impression que l’on a atteint les limites du ciel. En juillet, EasyJet a dû annuler près de deux fois plus de vols (541) que l’année dernière.

La «dernière fois» n’aura pas lieu

Chaque été, c’est la même histoire. Le passager frustré se promet qu’on ne l’y reprendra plus. Et chaque été il remet le couvert. Le signe d’un changement des attentes vis-à-vis de l’aéronautique. «Les millennials supportent des sièges étroits, des itinéraires inefficients et un service limité parce qu’ils veulent voir le monde maintenant et pas dans quelques années», justifie Jason Dorsey, président du cabinet de conseil The Center for Generational Kinetics, cité par le quotidien El País.

Les compagnies l’ont bien compris. Elles ont déjà commencé à raboter, qui dans l’écart entre les sièges, qui directement dans les toilettes pour intégrer plus de sièges et densifier les avions. Mais la manœuvre a ses limites. De même que l’extension des aéroports existants. Celui de Genève devrait accueillir 25 millions de passagers en 2030, soit une hausse de 56%, et un vol toutes les 90 secondes.

Menace pour la démocratisation du ciel

Pour Ross Aimer, toutes ces mesures ne peuvent être que des «patches temporaires», chaque hausse des capacités causant un appel d’air vers plus de demande. «Tout le monde veut voler. Le ciel européen ressemble à une autoroute», explique l’ancien pilote de la compagnie américaine United Airlines. «Mais, faute d’espace, il est pratiquement impossible de construire de nouveaux aéroports. Le risque, c’est que les prix des billets finissent par remonter et que le ciel redevienne pour les aisés. Comme avant.»

Dans les aéroports, les meilleurs slots (créneaux de décollage/atterrissage) se monnaient déjà à prix d’or. Mais, selon un expert du secteur aéronautique, la concurrence entre les compagnies devrait maintenir la pression sur le prix des billets. «On voit déjà une tendance à la concentration de l’offre autour de plus gros-porteurs, explique celui qui est aussi pilote privé. Cela permet de limiter le nombre de vols, mais on perd en même temps en diversité de l’offre.»

Pour ce consultant, qui n'a pas souhaité être nommé, l’aviation pourrait à moyen terme être poussée à délaisser certains vols continentaux pour faire du transport combiné. «On pourrait imaginer que les compagnies se concentrent sur des liaisons à haute valeur ajoutée et amènent leurs passagers vers les aéroports grâce à des trains à très grande vitesse, du type Hyperloop.» Et si l’avenir de l’aviation, c’était le train?

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