L’impasse politique en Catalogne et l’escalade de la confrontation avec l’Etat espagnol commencent à inquiéter les milieux économiques et financiers. Jeudi, S&P Global Ratings a placé la note de la dette catalane en surveillance négative. Mais l’agence de notation américaine a averti que, sans une amélioration de la situation dans les trois mois, elle pourrait baisser la note, mettant ainsi en doute la capacité de la région indépendantiste à rembourser ses créances à temps.

La dette catalane détenue à 62% par l’Etat espagnol

Selon Eric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg School of Economics de l’Université catholique de Lille, l’avertissement n’est pas injustifié. La dette catalane s’élève à 80 milliards d’euros, soit 35% de son produit intérieur brut (PIB). «Près de 62% de cette dette sont détenus par l’Etat espagnol, explique-t-il. Lors de la crise de la dette souveraine de 2012, la Catalogne, en tant que région décentralisée, avait bénéficié des prêts d’un fonds national mis en place pour financer les régions en difficulté. Avec la garantie des instruments européens, Madrid pouvait emprunter sur les marchés à faible taux et ensuite prêter aux régions avec des facilités de remboursement.» Le professeur relève également que le gouvernement espagnol vient de menacer de fermer le robinet de crédit en guise de mesure de rétorsion.

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Le professeur lillois évoque un autre risque. Il craint que l’incertitude politique ne conduise à une récession en Catalogne et, par conséquent, à l’incapacité des ménages et des entreprises de rembourser leurs créances à leurs banques. «Celles-ci seraient à leur tour frappées, explique Eric Dor. On se retrouverait de nouveau dans une situation où le secteur bancaire est fragilisé, comme en 2012.» L’Espagne avait alors été contrainte de faire appel au Mécanisme européen de stabilité pour sauver ses banques.

Eviter une crise de confiance bancaire

Du reste, les deux plus importants établissements, CaixaBank et Banco Sabadell, ne cachent plus leur inquiétude de se retrouver sans les parapluies protecteurs de l’Etat espagnol et de l’Union européenne. Pour éviter une crise de confiance et surtout un «bank run» – retrait massif des dépôts par les clients –, CaixaBank a évoqué jeudi l’éventualité de transférer son siège dans les Baléares.

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Banco de Sabadell, dont l’action s’était effondrée de 6% mercredi, a elle décidé jeudi soir de déménager son siège social hors de Catalogne, plus précisément à Alicante. La procédure, qui ne concerne pas son personnel, commencera ce vendredi «et sera rapide», selon un porte-parole du cinquième plus important établissement bancaire espagnol.

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Dans une dépêche publiée jeudi, l’agence Bloomberg note que la clientèle riche des grandes banques catalanes a commencé à transférer ses avoirs vers d’autres établissements spécialisés dans la gestion de fortune. CaixaBank et Banco Sabadell ont démenti cette information, affirmant qu’il n’y avait aucun mouvement significatif des dépôts.

Inquiétude exprimée par plusieurs entreprises

Pour sa part, Marie Owens Thomsen, cheffe économiste d’Indosuez Wealth Management à Ge­­nève, ne craint pas une fuite massive des capitaux à ce stade. «Le risque augmentera si les politiques n’arrivent pas à rassurer tant la Catalogne indépendantiste que le reste du pays, dit-elle. Je ne crois pas non plus que la crise espagnole puisse influencer le taux de change de l’euro.» La monnaie européenne se retrouve à son plus bas niveau depuis six semaines face aux principales devises.

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«Il faut espérer que les Catalans n’aillent pas de l’avant avec une déclaration unilatérale d’indépendance, poursuit Marie Owens Thomsen, qui tient à rappeler que l’Espagne est l’un des pays parmi les plus décentralisés du monde. Un tel acte pourrait fortement envenimer la situation.» Outre Banco de Sabadell qui a franchi le pas de la délocalisation, de nombreuses entreprises de la région catalane ont exprimé leur inquiétude et évoqué un déménagement.