Les cigarettiers se battent contre l’interdiction totale de la publicité

Tabac Le Conseil fédéral veut décider de l’aspect des paquets

Faut-il interdire presque totalement la publicité pour le tabac? Et laisser le Conseil fédéral décider s’il entend, par exemple, introduire des paquets de cigarettes repoussoirs où la marque n’apparaîtrait qu’en très petits caractères dans un coin de l’emballage?

Ce sont, avec l’introduction du vapotage à la nicotine, les enjeux principaux de la loi sur les produits du tabac qui sera débattue par le parlement l’an prochain pour entrer en vigueur en 2018. Rarement projet législatif a suscité autant de réactions. Le Conseil fédéral a envoyé sa proposition de loi à 136 organisations. Il a reçu quelque 650 réponses, dont plus de 80% n’étaient pas sollicitées, provenant en particulier de kiosques et de stations-service. Les fronts sont divisés en raison d’une conciliation difficile entre les objectifs de santé publique et ceux de liberté du commerce.

Le projet définitif du Conseil fédéral est attendu cet automne, mais le gouvernement a annoncé, il y a un mois, qu’il ne modifierait guère l’avant-projet. Les cigarettiers fourbissent déjà leurs armes, appuyés par plusieurs partis politiques (UDC, PLR, et PDC partiellement), les grandes organisations économiques (economiesuisse, USAM) et quelques cantons directement concernés par l’industrie du tabac (Vaud et Neuchâtel), pour maintenir le statu quo.

Présence en Suisse romande

«Si toute publicité était interdite, le lancement d’innovations et de nouveaux produits serait difficile, voire impossible, et la concurrence sur le marché fortement réduite», s’insurge Danika Ahr, membre de la direction de British American Tobacco (BAT). Le groupe présent à Lausanne et à Boncourt, où la production de cigarettes, à 50% pour l’exportation, conduit à le placer en tête de liste des contribuables du canton du Jura, rappelle que les exportations suisses de cigarettes (30 milliards pour une valeur de 540 millions de francs) sont aussi importantes que celles de chocolat.

Aujourd’hui, la publicité par affichage est autorisée dans 11 cantons, celle dans les cinémas dans 22 cantons et le parrainage, lors de festivals ou de manifestations sportives non destinées aux jeunes, est largement répandu. La loi fédérale entend uniformiser et durcir ces règles. La publicité pour le tabac serait interdite partout, y compris sur Internet. Les seules exceptions seraient le parrainage de manifestations à caractère purement national, le publipostage ciblé destiné à des adultes, et la publicité directe dans les kiosques et les points de vente spécifiques d’articles de tabac.

Ventes en recul

«Les ventes de cigarettes baissent de 3% par an en moyenne en Suisse. La publicité n’est donc pas utile pour trouver de nouveaux consommateurs mais pour gagner des parts de marché sur nos concurrents», plaide Danika Ahr. L’an dernier, l’industrie du tabac a dépensé 15,5 millions de francs, dont 8 millions dans la presse, pour de la publicité. Il y a quinze ans, le budget était de près de 70 millions de francs. «Nous refusons également l’insécurité juridique créée si le Conseil fédéral peut décider par voie d’ordonnance de l’aspect des paquets de cigarettes. Nous devons avoir le droit de défendre nos marques», conclut Danika Ahr.