Cinéma

Cinéforom dynamise l’économie romande

Créée en 2011, la Fondation romande pour le cinéma n’avait jamais été auscultée à l’aune des retombées économiques qu’elle génère. C’est désormais chose faite avec une étude du cabinet EY qui relève que, pour 1 franc investi, 3,10 francs sont au final dépensés dans les six cantons romands

Cinéforom est pour beaucoup dans la bonne santé artistique du septième art romand. Créée à Genève en 2011, la Fondation romande pour le cinéma a ces dernières années permis à plusieurs films qui ont eu une belle visibilité internationale de naître – on peut citer Ma vie de Courgette (Claude Barras, 2016), Fortuna (Germinal Roaux, 2018) ou encore Les Particules (Blaise Harrison, 2019). Mais si cette réussite artistique est relativement facile à mesurer, qu’en est-il de sa dimension économique? Car le cinéma est un art mais aussi, on le sait bien, une industrie.

Sur le succès de «Ma vie de Courgette»: Icare sur le toit du monde

Réalisée sur appel d’offres par le cabinet EY, une étude dévoilée ce jeudi s’est plongée de manière précise sur une enveloppe de 39 millions de francs répartie entre différentes maisons de production par Cinéforom entre 2013 et 2017. Avec au final ce constat: ce sont 122 millions qui ont été dépensés en Suisse romande. Autrement dit, pour 1 franc investi par la fondation, ce sont 3,10 francs qui sont réinjectés dans le tissu économique.

Si respectivement 56% et 32% de cette somme sont consacrés aux salaires (équipes artistique et technique) et aux factures techniques et administratives, les 12% restants sont dévolus aux dépenses dites indirectes, telles que les frais d’hôtellerie et de transport. Mais ce calcul ne tient pas compte de l’entier des budgets, qui dépendent également des soutiens de la SSR et de la Section cinéma de l’Office fédéral de la culture (OFC).

Aides publiques et privées

L’étude «Audiovisuel romand: quelle contribution pour l’économie régionale?» a été réalisée sur la base de deux questionnaires envoyés à la centaine de sociétés de production actives en Suisse romande. Le premier s’intéressait à leur organisation structurelle, tandis que le second portait sur les dépenses effectives liées à chaque tournage. Au total, 255 des 334 projets soutenus par Cinéforom dans la période 2013-2017 ont pu être analysés en détail.

Du point de vue de l’emploi, ces 255 projets ont généré 10 400 engagements, avec forcément de nombreuses personnes – scénaristes, assistants de production, comédiens, techniciens, etc. – multipliant les contrats à durée déterminée. Autre chiffre intéressant: sur 6257 jours de tournage cumulés, 2609 se sont déroulés en Suisse romande, avec en tête les cantons de Genève (1070) et de Vaud (785). Mais c’est bien toute l’économie romande qui bénéficie des subventions allouées par Cinéforom, souligne Gérard Ruey, son secrétaire général. Et de citer des longs métrages de fiction comme Tambour battant (François-Christophe Marzal, 2019), Le Temps d’Anna (Greg Zglinski, 2016) ou Le vent tourne (Bettina Oberli, 2018), tournés respectivement dans les cantons du Valais, de Neuchâtel et du Jura, et dont les dépenses cantonales indirectes oscillent entre 385 000 et 450 000 francs.

Sur la première mondiale du «Vent tourne» à Locarno: Quand le vent tourne à l’orage sur la Piazza Grande

Bien sûr, Cinéforom ne supporte pas seule les coûts de production des œuvres audiovisuelles romandes. Aux 39 millions investis par la fondation viennent se greffer 49 millions octroyés par la SSR et 33 millions en provenance de l’OFC. A ces aides publiques s’ajoutent encore 53 millions d’investissements privés, par exemple les fonds propres des producteurs. Et comme le cinéma suisse fonctionne de manière générale sur un modèle de coproduction, de nombreux projets sont également cofinancés par des sociétés étrangères, essentiellement basées en France et en Belgique pour la Suisse romande. Si l’analyse d’EY prenait en compte la totalité des aides publiques (121 millions), on serait donc loin de ce retour sur investissement de 3,10 francs mis en avant.

Peu de structures professionnelles

L’étude doit donc être lue à l’aune de l’apport déterminant de Cinéforom. Un organe qui sert de levier, car c’est généralement lorsqu’un projet reçoit l’aide de la fondation que son producteur pourra ensuite aller frapper aux portes des autres guichets (SSR et OFC). Après huit ans d’activité, le bilan de Cinéforom – qui fonctionne avec un budget annuel de 10 millions – est donc positif. Cette mutualisation des soutiens cantonaux qui a permis de centraliser les demandes aura non seulement permis la concrétisation de projets cinématographiquement forts, mais aura aussi eu un impact significatif sur l’économie romande.

La mauvaise surprise aurait été de constater que, malgré les efforts consentis par les six cantons qui ont cofondé Cinéforom – avec l’appui significatif des villes de Genève et de Lausanne, mais aussi, à hauteur de 26%, de la Loterie Romande –, l’essentiel des investissements se faisait ailleurs en Suisse ou à l’étranger, où sont par exemple tournés une majorité de documentaires.

Lire aussi: Dur, dur, d’être un producteur de cinéma romand

«On espère un renforcement de Cinéforom», appellent dès lors de leurs vœux les producteurs, à l’image de Joëlle Bertossa, présidente de l’Association romande de la production audiovisuelle, et de Pierre-Adrian Irlé, de l’association Fonction: Cinéma. Lequel souligne que, parmi la centaine de sociétés actives, 10% seulement fonctionnent de manière professionnelle sans avoir besoin de se diversifier.

Publicité