Technologie

Cinq actionnaires obtiennent la tête du directeur d’Uber

Travis Kalanick démissionne avec effet immédiat. C’est la première fois que des investisseurs se mêlent de la gestion de la société, valorisée à 69 milliards de dollars

Ils étaient restés silencieux malgré l’accumulation des scandales de harcèlement sexuel et d’espionnage. Mais ils ont cette fois estimé qu’il fallait agir. Mercredi matin, les actionnaires d’Uber ont obtenu la tête de son directeur et cofondateur. Travis Kalanick, patron controversé de la société de mise en relation de passagers et de chauffeurs privés, a démissionné avec effet immédiat. C’est la première fois que des investisseurs de la société privée la plus valorisée au monde donnent de la voix.

Selon le récit fait par le New York Times, les événements se sont succédé rapidement dans la nuit de mardi à mercredi. Cinq actionnaires d’Uber ont envoyé mardi une lettre à Travis Kalanick (40 ans) pour lui demander de quitter immédiatement son poste. Le directeur était, depuis une semaine, en congé pour une durée indéterminée. Quelques heures plus tard, l’homme présentait sa démission en écrivant que «j’aime Uber plus que tout au monde et, dans cette période difficile de ma vie [sa mère vient de décéder, ndlr], j’ai accepté la demande des investisseurs de partir pour qu’Uber se reconstruise plutôt que la société soit distraite par un autre combat».

Actionnaires frondeurs

Ces investisseurs comptent parmi les grands noms de la Silicon Valley. Il s’agit de Benchmark, First Round Capital, Lowercase Capital, Menlo Ventures et Fidelity Investments. Les cinq entités sont entrées tôt dans le capital d’Uber et en détiennent un peu plus d’un quart, selon CNBC. Leurs droits de vote s’élèvent à 40%. Selon Bloomberg, Travis Kalanick aurait une fortune de 6,7 milliards de dollars – ce qui laisse supposer (il n’y a pas d’information publique à ce sujet) qu’il détient environ 10% du capital de la société.

Et selon le Financial Times, l’ex-directeur détient, avec le co-fondateur Garrett Camp et Ryan Graves (l’un des premiers employés de la société), la majorité des droits de vote. Travis Kalanick demeurera par ailleurs au conseil d’administration.

Au total, depuis sa création en mars 2009, Uber a levé plus de 11 milliards de dollars pour atteindre une valorisation de 69 milliards. La société de transport compte des dizaines d’actionnaires, tels TGP Capital, Google, Microsoft, Toyota, le fonds souverain d’Arabie Saoudite, Blackrock ou encore de riches clients de banques telles Morgan Stanley et Goldman Sachs.

Plusieurs postes vacants

Les cinq actionnaires frondeurs ont émis une liste précise de doléances. Ils exigent que deux des trois sièges vacants au conseil d’administration soient occupés par «des personnalités réellement indépendantes». Ils demandent aussi qu’un directeur financier soit immédiatement nommé. Les actionnaires n’indiquent pas de préférence pour le nom du successeur de Travis Kalanick. Pour l’heure, Arianna Huffington, fondatrice du Huffington Post et administratrice d’Uber, est l’une des rares responsables à s’exprimer publiquement. La semaine passée, elle promettait «un nouvel Uber». Aucun nom ne se détache pour l’heure pour remplacer Travis Kalanick.

Ces dernières semaines, Uber, fort de 12 000 employés, avait accumulé les scandales. Travis Kalanick avait insulté l’un de ses chauffeurs, les plaintes pour harcèlement sexuel s’étaient multipliées et la société avait notamment été accusée d’espionner ses chauffeurs et de tirer parti d’événements, telles des attaques terroristes, pour augmenter ses tarifs. Au premier trimestre, la société a réalisé un chiffre d’affaires de 3,4 milliards de dollars pour une perte de 708 millions.

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