Mille huit cent soixante millions de francs: c'est ce que les heureux actionnaires de Givaudan peuvent comptabiliser comme retour total (et en grande partie virtuel) sur investissement depuis que cette ancienne division de Roche est entrée en Bourse, le 8 juin 2000. La somme se compose pour 1,44 milliard de l'appréciation de la valeur capitalisée – l'action a progressé de 54% sur quatre ans et demi tandis que l'indice du marché suisse baissait de 22% – et pour le reste des dividendes qui n'ont cessé de grimper au fil des exercices (voir graphique).

En présentant ses résultats annuels jeudi, le leader mondial de la parfumerie et des arômes n'a pas failli à sa réputation de générosité: à un dividende ordinaire de 10% par action s'ajoutera un dividende extraordinaire de

6 fr. 50. Cerise sur le gâteau, le conseil d'administration propose un nouveau programme de rachat d'actions – le troisième – portant sur 10% des titres et contribuant évidemment à soutenir le cours.

Jolie révérence que tirent Henri B. Meier et Jürg Witmer. Le premier transmet la présidence du conseil d'administration au second, qui se retirera progressivement de la direction opérationnelle, assurée officiellement depuis avril par le Français Gilles Andrier (LT du 6.10.04). En cinq ans, l'équipe dirigeante a su forger un groupe global aux structures souples, capable d'évoluer avec son temps et d'innover constamment – condition essentielle de survie dans ce secteur. «Le mouvement de consolidation va se poursuivre parmi nos clients», pronostique Jürg Witmer, citant l'exemple récent de Procter & Gamble et Gillette. Comme ses concurrents, Givaudan s'attend à une pression accrue sur ses marges, qui peut découler aussi du renchérissement des matières premières et d'un cadre réglementaire plus contraignant.

Dans ces conditions, la bonne nouvelle des résultats 2004 est que le groupe a non seulement défendu, mais amélioré lesdites marges. Le profit opérationnel progresse de 20 à 20,5% dans la division arômes (60% des ventes) et de 14,6 à 16,4% dans la division parfums. Quant au bénéfice net, il passe de 291 à 350 millions de francs, (+20%). Ces chiffres sont un peu en dessous des attentes de Vontobel et de LODH, dont les analystes restent néanmoins positifs sur le titre. Martin Voegtli, de Vontobel, le juge «correctement évalué», avec un potentiel de profitabilité accrue. Alexandre Pasini, de LODH, salue «la prévisibilité» de la société et ajoute que «si l'action n'est pas donnée, plus chère que Nestlé par exemple», Givaudan offre des perspectives de croissance modérée mais stable.

Modérée en effet, si on s'en réfère à l'évolution du chiffre d'affaires. En 2004, celui-ci a reculé de 1%, de 2,71 à 2,68 milliards de francs, à cause de l'effet de change d'une part, de la cession de certaines activités de la division parfums d'autre part. Jürg Witmer présente la situation sous un angle différent: «Si, à périmètre constant, nous consolidions nos comptes en dollars, nous enregistrerions une augmentation des ventes de 9% sur l'exercice écoulé», note-t-il.

Au 31 décembre 2004, Givaudan employait 5900 personnes dans le monde (-80), dont 1360 en Suisse (-40). L'an dernier, le groupe a fermé deux sites à Barneveld et Tremblay, pour un coût de restructuration de 21 millions. Jeudi, Jürg Witmer n'a pas exclu d'autres adaptations de ce type, tandis que Givaudan renforce sa présence en Chine.