Justice

Cinq ans de prison ferme requis contre Bernard Tapie

Le parquet estime que l'arbitrage, censé solder son litige avec le Crédit Lyonnais, était «truqué» et Bernard Tapie son «coorganisateur» et son «bénéficiaire principal». L'ex-ministre souffrant d'un double cancer, cette sentence ne sera «certainement jamais mise à exécution»

Le ministère public français a requis lundi cinq ans de prison ferme à l'encontre de l'ex-ministre français Bernard Tapie pour escroquerie et détournement de fonds publics. L'affaire concerne l'arbitrage controversé censé solder son litige avec le Crédit Lyonnais.

Cet arbitrage, déclaré frauduleux et qui avait octroyé 403 millions d'euros à l'homme d'affaires, il y a plus de dix ans, dont 45 pour son «préjudice moral», était «truqué» et Bernard Tapie son «coorganisateur» et son «bénéficiaire principal», ont estimé les représentants du parquet.

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Au terme de plus de quatre heures et demie de réquisitoire devant le tribunal correctionnel, ils ont demandé cette peine qui ne sera «certainement jamais mise à exécution», l'ex-ministre souffrant à 76 ans d'un double cancer, ainsi que la confiscation de l'ensemble des biens saisis.

Des peines d'emprisonnement requises contre d'autres protagonistes

L'homme d'affaires, en faillite personnelle depuis décembre 1994, n'a pas semblé réagir, après avoir passé la grande partie du réquisitoire à maugréer. «Bernard Tapie clame haut et fort depuis des années qu'il a été escroqué par le Crédit Lyonnais» lors de la revente d'Adidas dans les années 1990, mais il «n'est victime de rien», ont insisté les procureurs.

Pour que cette sentence arbitrale lui soit favorable, il lui fallait un arbitre «malhonnête». L'élection de Nicolas Sarkozy en 2007, que Bernard Tapie a soutenu pendant la campagne, et le remplacement des deux dirigeants à la tête des deux entités chargées de gérer le passif du Crédit Lyonnais, jusque-là hostiles à un règlement privé du contentieux, ont constitué «un alignement des planètes», a mis en avant l'autre procureur.

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Bernard Tapie n'avait plus qu'à «se servir» en fonds publics dans le «coffre-fort ouvert par ses complices», des «agents publics qui avaient la combinaison», et grâce à «la négligence» de l'ex-ministre de l'économie Christine Lagarde. Cette dernière avait été condamnée fin 2016, mais dispensée de peine pour n'avoir pas introduit de recours contre la sentence arbitrale.

Des peines d'emprisonnement ont également été requises à l'encontre des autres protagonistes jugés au côté de Bernard Tapie. Une sentence «symbolique» de trois ans ferme a notamment été requise contre le principal rédacteur de la sentence arbitrale, un ancien magistrat âgé de 92 ans, absent pour raisons médicales. Les plaidoiries de la défense doivent débuter mardi matin et s'échelonner sur trois et éventuellement quatre jours.

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