En termes de factures bancaires, les entreprises ne sont pas mieux loties que les particuliers. Les banques prélèvent l’argent des entreprises avant d’envoyer le détail de la consommation de services bancaires. «Les entreprises peinent alors à contrôler l’exactitude des sommes prélevées, d’autant que les factures ne détaillent pas les services de la même manière selon les banques et les pays», déclare au Temps David Laugier, directeur général de Redbridge, un groupe de conseil en financement-trésorerie basé à Paris et New York.

Manque de vérifications

«Les grands groupes ne vérifient pas», ajoute l’expert. Les trésoriers d’entreprises n’ont pas le temps de se lancer dans ce travail de vérification. Il n’y a pas de reporting centralisé qui leur permette de répondre dans un langage compréhensible aux questions de base telles que: combien je verse à une banque à l’échelle mondiale? Quel est le coût du cash management d’une entité ou d’un pays?

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Dans le contexte de taux négatifs amenant les banques à accroître leurs frais, l’analyse des coûts devrait être prioritaire. «Mais les trésoriers d’entreprises n’ont pas de visibilité, pourtant nécessaire parce qu’il n’existe pas de reporting dématérialisé et harmonisé», avance Emmanuel Léchère, responsable des études de Redbridge.

Une croissance de 5 à 7% par an

Le défi est important. Les services de cash management aux entreprises représentent un marché mondial de 500 à 700 milliards de dollars, qui croît à un rythme de 5 à 7% par an, selon les grands groupes de conseils (McKinsey, BCG). Chacun pourrait croire que les services informatiques établissant les factures bancaires sont efficients. La réalité est différente. «5 à 10% de la facture bancaire sont erronées, sans aucune volonté délibérée de nuire», selon David Laugier. Le partenariat entre la banque et l’entreprise nécessite une relation équilibrée, mais cet objectif n’est pas aisé à atteindre.

La facture est de plus en plus complexe. L’inflation du nombre de lignes de facturation est le fruit de la baisse des taux d’intérêt, des nouveaux services et de la concurrence, qui fait baisser les prix sur les services de base et favorise le prélèvement de composantes annexes.

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Cette situation insatisfaisante a commencé à évoluer favorablement à partir de 2002 à l’initiative de General Electric. Le géant américain a exigé des instituts bancaires la signature d’une charte si elles désiraient travailler avec lui. Le conglomérat industriel exigeait des banques qu’elles ne prélèvent pas sur son compte avant l’envoi d’une facture et il précisait le format de cette dernière.

Transparence sur les coûts

Des normes ont ensuite été élaborées, en 2006 (TWIST BSB), puis 2012 (ISO 20022). Une pétition des grands groupes allemands a insisté sur ce besoin de standardisation. Il est vrai que les banques n’ont pas été promptes à répondre à ce désir d’amélioration du cash management. Une question de coûts: il leur faut en effet revoir leur chaîne de facturation, donc réduire leur bénéfice. «Les plus grandes banques ont fait le pas, mais à contrecœur et en essayant de facturer ce service, ce qui est pour le moins paradoxal», estime David Laugier.

Redbridge a décidé de créer une fintech, Redbridge Analytics qui tenterait de développer une plate-forme afin de visualiser la consommation de services bancaires de chaque entité d’un groupe. Ce service, baptisé HawkeyeBSB, a été lancé en novembre dernier et compte déjà une dizaine de clients. Il offre une analyse détaillée des frais bancaires et non, seulement, un simple relevé. «L’idée est d’apporter une vision sur le coût du cash management sur l’ensemble des comptes à l’international», explique Emmanuel Léchère. La concurrence est encore relativement modeste dans ce domaine, puisqu’on y trouve seulement l’Américain Weiland, avant tout centré sur le marché local, et l’Allemand Tipco.

Un combat juste pour une comptabilité équitable

«Dans le développement de notre plate-forme, nous nous sommes basés sur le savoir-faire de notre bureau américain. Il permet d’effectuer une véritable carte des codes de facturation utilisés par chaque banque. C’est la seule façon pour un trésorier de savoir ce que lui coûtent par exemple ses chèques», explique David Laugier. «Sur ce service, c’est un véritable maquis. On trouve 10 lignes de facturation différente pour un même chèque».

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Après un peu plus d’un mois, le service de Redbridge Analytics et de sa dizaine d’employés, est en place auprès d’une dizaine de clients (pas encore en Suisse) et traite plus de 1000 fichiers bancaires dans 30 pays dont la Suisse. «Nous sommes persuadés de mener un combat juste, pour un système de comptabilité équitable. C’est pourquoi nous anticipons une forte croissance d’ici trois ans», ajoute le directeur. La fintech espère obtenir plusieurs centaines de contrats à moyen terme. Le coût de ce service par abonnement s’élève à «quelques milliers d’euros par an».