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Cinq enjeux économiques pour les fédérales

Emploi, logement, taux négatifs, 5G, libre-échange. A la veille des élections de dimanche, «Le Temps» sonde cinq formations politiques sur des questions d'actualité. Emanuel Waeber (UDC), Samuel Bendahan (PS), Fanny Noghero (PLR), Charles Juillard (PDC) et Lisa Mazzone (Verts) ont joué les porte-voix

Quelles pistes pour améliorer l’emploi?

Le PS fait d’emblée remarquer que la Suisse connaît le plein-emploi, mais que, paradoxalement, des centaines de personnes en âge de travailler sont au chômage à cause de l’inadéquation entre leurs compétences et les besoins du monde du travail. Dès lors, la formation continue qui ouvre aussi la voie à la reconversion professionnelle est une priorité. Elle doit être financée par l’assurance chômage. Pour l’UDC, le rôle de l’Etat est d’assurer que la qualité de la formation de base reste élevée et qu’il y ait une offre satisfaisante pour la formation continue. Le PDC et le PLR mettent également une emphase sur la formation continue.

Pour le PDC, la sauvegarde et la création d’emplois passent par notre capacité à exporter nos marchandises sans entraves douanières avec nos principaux clients, notamment l’Union européenne (UE). Dès lors, il réclame une situation clarifiée avec l’UE qui permette de maintenir et d’approfondir la voie bilatérale. Le parti du centre met aussi le doigt sur la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et propose une diminution des cotisations prélevées sur les salaires des travailleurs âgés. «Nous devons également encourager le travail des femmes et l’égalité salariale hommes-femmes», souligne ce parti.

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Les Verts proposent la transition écologique et l’économie verte comme l’une des pistes pour créer de nouveaux emplois. Ils réclament aussi un débat sur les nouvelles formes de prospérité et de répartition des richesses, dans le sillage de pertes inévitables d’emplois liées à l’avènement de la numérisation de l’économie. Ils privilégient «un monde de travail plus humain, plus favorable à la vie de famille et plus écologique».

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Le PLR, pour sa part, affirme que le marché du travail a besoin d’une mise à jour numérique, car le droit du travail est déjà en retard sur les réalités de l’ère numérique. «Au lieu de protéger les travailleurs là où cela est nécessaire, il empêche l’économie de travailler de manière pragmatique et les employés de manière flexible», accuse-t-il. Le parti propose d’adapter le temps de travail pour les cadres et les spécialistes ainsi que le travail à domicile dans l’idée de promouvoir le travail.

En ce qui concerne les travailleurs plus âgés, le PLR affirme que ces derniers doivent aussi pouvoir profiter d’un marché du travail libéral et flexible grâce à la création de nouveaux emplois et à l’opportunité de travailler de façon indépendante. Le parti bourgeois invite les employeurs à faire des efforts à leur égard en évaluant leurs dossiers de candidature sans préjugés. Les Verts tiennent à la protection de cette catégorie des employés contre les licenciements au moyen d’offres d’emploi neutres quant à l’âge, d’une amélioration des indemnités chômage dès 58 ans et de la création d’un fonds spécial de formation continue.

Immobilier: comment éviter l’incendie?

«Trop de logements sont construits au mauvais endroit.» Le constat des Verts rejoint celui des quatre autres grands partis suisses. «La demande dans les centres urbains n’est pas satisfaite, tandis que l’offre en périphérie ne correspond pas aux attentes d’une population souhaitant quitter la ville pour la campagne», regrette l’UDC.

Le camp rose-vert demande une densification qualitative des zones urbanisées pour endiguer le mitage du territoire, avec la construction de logements à des prix abordables dans les villes. Côté marché hypothécaire, la Banque nationale suisse (BNS) et le gendarme financier (Finma), «conscients des risques», ont pris des mesures, souligne le PDC. Tandis que les établissements bancaires ont renforcé l’autorégulation, notamment les critères pour le financement d’objets résidentiels de rendement [segment le plus problématique], se félicite le PLR. «Si les risques s’aggravent, un renforcement des mesures doit être envisagé», concède toutefois le parti. Car le risque de suroffre identifié dans certaines régions est accentué par le rôle de valeur refuge que joue l’habitat pour les investisseurs, en particulier les institutionnels, pointe encore le PDC.

Une quête de «rentabilité maximale et rapide», poursuit le PS, exacerbée par les taux négatifs, qui font de l’immobilier l’une des dernières options de rendement. En réponse, ce parti prône le développement des coopératives et des logements d’utilité publique plutôt que la quête de profit. En outre, il entend privilégier l’assainissement du parc immobilier existant pour le rendre non seulement rentable, mais aussi écologiquement acceptable.

Le PS dit craindre que les taux très bas, voire négatifs, ne deviennent une motivation, plus particulièrement pour les ménages, pour acquérir un bien. «Nous voulons attirer l’attention sur les difficultés potentielles au moment où les taux se mettront à grimper», préviennent les socialistes.

Comment vivre avec les taux négatifs?

Les partis sont d’accord sur un point: la solution ne viendra pas de la Banque nationale suisse (BNS). L’institution est «prise en étau par la politique monétaire expansionniste menée par la Banque centrale européenne (BCE)», souligne le PDC, qui demande au Conseil fédéral dans une motion d'«anticiper dès maintenant les difficultés économiques et sociales à venir». Les décisions de la BCE renforcent le franc et augmentent la pression sur l’économie, regrettent l’UDC et le PLR. Au risque de péjorer les salaires et les conditions de travail, craint de son côté le parti écologiste.

Le PDC entend rester proactif sur ce sujet. Il a d’ores et déjà déposé une motion qui demande au Conseil fédéral d’exposer dans son programme de législature 2019-2023 les mesures qu’il prévoit si la BNS maintient, baisse ou relève ses taux négatifs.

Le PLR revendique aussi des conditions-cadres favorables pour les entreprises, passant notamment par «un taux de TVA unique, des accords de libre-échange, et une réduction des obstacles au commerce». Outre la devise helvétique, les taux bas portent les cours de l’or et des actions, dopant ainsi les bénéfices de la BNS: celle-ci pourrait les investir dans l’AVS pour améliorer le niveau de vie de nos aînés, estiment le PS et les Verts.

Les Verts plaident par ailleurs pour une taxation des transactions financières ainsi que pour le développement d’une économie locale et circulaire. Tandis que les socialistes souhaitent la création d’un fonds souverain, qui investirait notamment en francs dans des entreprises étrangères et contribuerait ainsi de facto, selon eux (la thèse suscite la controverse), à affaiblir la devise helvétique.

Ce n’est pas la première fois que le PS met en avant le projet de créer un fonds souverain suisse. Il y a une semaine, il est revenu à la charge précisant que ce fonds ne doit pas être lié à la BNS. «Il devrait être distinct de la banque centrale, car ces deux institutions ont des mandats différents», selon Le Temps de vendredi dernier. L’une a pour mission de garantir la stabilité des prix et du système financier. L’autre devrait faire fructifier ses avoirs sur le long terme et soutenir des investissements dans des placements rémunérateurs, à l’instar du fonds souverain norvégien qui, lui, est alimenté par les revenus de l’industrie pétrolière.

Faut-il déployer la 5G?

Aucun parti ne rejette la technologie 5G. Mais, se profilant comme le parti de la numérisation et du progrès technologique, le PLR met en garde contre tout retard à l’international dans ce domaine et se dit opposé à tout moratoire réclamé par les Verts. Pour leur part, le PS, le PDC, les Verts et même l’UDC sont plus vigilants et demandent d’attendre les conclusions des études indépendantes et plus poussées sur l’impact de cette technologie sur la santé humaine. Les démocrates-chrétiens tiennent à faire ressortir que «la 5G peut être un outil de développement intéressant pour les entreprises, notamment dans la robotique, et garantir une couverture suffisante du haut débit d’une façon plus économique à toutes les régions, même les plus reculées du pays».

Les Verts comme le PDC attirent l’attention sur une étude menée par l’Office fédéral de l’environnement dont les conclusions sont attendues dans les prochaines semaines. Le parti écologiste propose par ailleurs que le plus grand nombre de signaux soient transportés par un réseau câblé à fibre optique et non par l’antenne. «C’est très heureux d’avoir accès à un débit élevé, mais il faut qu’on sache aussi si l’on veut vraiment 40 ou 50 objets connectés et ce que cela implique pour la santé», insiste le PS.

La réponse du PLR au principe de précaution mis en avant par le PS et les Verts est cinglante: «L’affirmation selon laquelle aucune connaissance scientifique concernant les risques n’existe est erronée. Plusieurs études sérieuses ont déjà été menées en Suisse et à l’étranger. Aucune n’a prouvé l’existence de risques sérieux.

Faut-il toujours plus d’accords de libre-échange?

«Outre la voie bilatérale avec l’UE, les accords de libre-échange (ALE) sont le bon moyen d’établir des relations économiques étroites avec les autres partenaires», répond le PDC. Le PLR et l’UDC s’en font les plus grands avocats. «En tant qu’économie axée sur l’exportation, il faut absolument conclure de nouveaux accords», soulignent les libéraux-radicaux. «En tant qu’économie fortement axée sur l’exportation, avec un marché intérieur très petit, nos entreprises ont besoin de bonnes conditions-cadres afin de pouvoir vendre leurs produits à l’étranger sans obstacle, ajoute le PLR. Les ALE facilitent l’exportation en réduisant les barrières au commerce.»

«Toute augmentation des exportations suisses contribue à améliorer la situation économique des entreprises et d’assurer des conditions de travail favorables pour les employés», renchérit l’UDC. Le PDC affirme qu’il faut activement conclure de nouveaux accords pour éviter de dépendre d’un petit nombre de partenaires.

Les Socialistes et les Verts sont beaucoup plus nuancés. Ils ne sont pas contre, mais ils ne courent pas derrière les ALE à tout prix. «S’ils sont équitables, apportent un progrès en matière de durabilité et respectent les standards environnementaux et sociaux, démontrés par une étude d’impact, nous sommes favorables», disent les Verts. Le PS veut juger chaque accord selon les réponses à deux questions. Représente-t-il de la valeur ajoutée? Comment cette valeur ajoutée est-elle partagée? «Si un accord comme celui que le Conseil fédéral a négocié avec le Mercosur, qui est synonyme de destruction de l’environnement en Amazonie, nous sommes clairement opposés», défie le PS.

Dès lors, PS et Verts entendent maintenir la pression en ce qui concerne l’ALE que la Suisse et ses partenaires de l’AELE ont négocié cet été avec le Mercosur. Cet accord doit encore être signé par les responsables politiques, vraisemblablement en janvier 2020. En Suisse, il devra par la suite obtenir l’aval du parlement. Les deux partis ont déjà menacé de s’y opposer par référendum non seulement s’il ne respecte pas les standards sociaux et environnementaux, mais aussi s’il ne prévoit pas de mécanisme de vérification lors de sa mise en œuvre. Le Conseil fédéral espère une entrée en vigueur en 2021.

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