L'Asie, mais surtout la Chine, son gigantesque marché intérieur au pouvoir d'achat croissant, ses coûts de production dérisoires et son réservoir de main-d'œuvre formée et maniable, suscite toujours plus d'intérêt de la part des investisseurs étrangers. Les entreprises helvétiques ne font pas exception. La Chine compte actuellement 300entreprises suisses, dont 60% sont des petites et moyennes entreprises, avec des investissements cumulés de 450 milliards de francs.

Grâce à leurs moyens financiers et leurs experts, les multinationales trouvent cahin-caha leur chemin dans les arcanes de la bureaucratie chinoise. Mais, pour les PME, c'est une autre paire de manches.

Lors d'un séminaire organisé par Interforum* mercredi à Lausanne, le premier d'une série, des entrepreneurs présents en Chine, les offices de promotion suisses à l'étranger et des diplomates ont dressé une liste des pièges à éviter dans le cadre d'une installation chinoise. Une centaine de chefs d'entreprises genevois, vaudois et valaisans étaient présents.

- Information: Les PME doivent acquérir des informations précises et complètes: taille du marché, concurrence, approvisionnement en matières premières, eau et électricité, location. «Un voyage d'une semaine ne suffit pas pour comprendre la complexité du pays et de son environnement économique», a expliqué Nicolas Musy, directeur de CH-ina SA, société de conseil installée à Shanghai, et auteur de «Behind the China Kaleidoscope»**, un manuel à l'intention d'investisseurs potentiels. Pour Hans-Jakob Roth, consul général suisse à Shanghai, les investisseurs étrangers doivent faire face à une concurrence féroce de la part des locaux. «Ils connaissent les règles et surtout celles qu'on peut outrepasser. Dans cet environnement culturel dur, il faut faire comme les Chinois, a-t-il dit. Exemple: si ces derniers circulent dans un sens interdit, il ne faut pas chercher un autre chemin plus long pour arriver à bon port.»

- Personnel: Après l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce, il est désormais possible de se lancer seul en Chine. «Mais la collaboration avec une personne de confiance s'avère vite incontournable», a noté Pascal Bourquard, patron de l'entreprise jurassienne Biwi, spécialisée dans la conception et la production de pièces d'identité. «Il est difficile pour un Suisse d'identifier la perle rare», explique Nicolas Musy. «Nous reconnaissons l'importance des relations humaines et nous y investissons de sorte que nos collaborateurs deviennent fidèles à l'entreprise», a renchéri Dominique Lauener, patron de Lauener à Boudry (NE) et de sa filiale à Shanghai.

- Contrefaçon: Gare aux collaborateurs qui se séparent de l'entreprise et qui lancent un produit de contrefaçon. Plusieurs PME suisses en ont fait l'expérience. Certaines entreprises ont la politique de ne jamais faire le transfert de technologie à 100% aux locaux.

- Corruption: «Le phénomène existe, encore plus dans un système totalitaire et où le pouvoir de décision est délégué à tous les échelons. Il faut en être conscient, mais sans pour autant tomber dans le système» prévient Pierre-Olivier Chave, président du groupe PX de La Chaux-de-Fonds, spécialiste de la transformation des métaux, avec un centre d'usinage en Malaisie.

- Langue: Une petite poignée de Chinois parle l'anglais ou une autre langue européenne. Certains entrepreneurs estiment qu'il s'agit d'un handicap majeur. A l'instar du groupe PX, des entreprises financent des cours de langues pour les collaborateurs.

* Organisation à but non lucratif dédiée à la promotion des PME suisses.

** Vient de sortir de presse. Voir http://www.chinaguide.ch