Cinq raisons de miser sur la hausse du prix des produits agricoles

Congrès Le forum Global Grain se tient cette semaine à Genève

Le spécialiste Rodolphe Roche affirme que le secteur est sous-évalué par les investisseurs

Global Grain rassemble cette semaine le gotha mondial des matières premières agricoles à Genève. Pour cette 12e édition, près d’un millier de professionnels actifs dans toute la chaîne de valeur sont attendus à l’Intercontinental. Rodolphe Roche, gérant chez Schroders et spécialiste du secteur, énumère les cinq raisons de miser sur une hausse des prix.

Le Temps: Dans un article publié ce mois dans le magazine «Swiss Global Finance», vous estimez que les investisseurs font preuve d’une «indifférence totale» à l’égard des matières premières agricoles. Pourriez-vous détailler? Rodolphe Roche: Le secteur se remet tout juste de l’explosion d’une bulle. Depuis le milieu des années 2000, les investisseurs se sont pris de passion pour les matières premières – et notamment agricoles. Entre 2005 et 2008, le prix du blé a progressé de 356%. Celui du maïs a gagné jusqu’à 312% en 2012. Celui du soja: 234%. La double demande – pour alimenter les biocarburants d’une part et pour répondre à la croissance des pays émergents, Chine en tête, de l’autre – semblait insatiable. Les agriculteurs se sont adaptés, les récoltes se sont montrées temporairement bonnes (suffisantes pour répondre à la demande) et la crise a précipité la chute des prix. Il y a eu une énorme déception de la part des investisseurs qui ont choisi de se détourner de ce secteur.

– Prix au plancher, désintérêt… A vous entendre, on croirait que l’on parle des banques grecques en pleine crise de la dette…

– C’est la même chose! Ceux qui ont acheté les titres des banques grecques pour une poignée de figues au plus fort de la crise ont gagné beaucoup d’argent. Toutes proportions gardées, la situation est la même dans les matières premières agricoles aujourd’hui. Le secteur souffre d’une indifférence injustifiée: le potentiel de baisse est limité.

– Comment voyez-vous évoluer l’offre?

– Sur le long terme, je vois cinq raisons de miser sur son affaiblissement – et donc sur une hausse des prix. D’abord, la multiplication des catastrophes climatiques. Ensuite, la baisse inexorable de surfaces arables par personne, du simple fait de la croissance démographique. Troisièmement, les rendements de ces mêmes terres qui n’arrivent guère à progresser, maintenant que les OGM sont déjà semés à large échelle. Quatrièmement, les tendances protectionnistes des gouvernements; ces dernières années, face à une urgence fantasmée ou bien réelle, de nombreux pays ont bloqué ou limité leurs exportations pour garantir leur consommation. Enfin, les tensions géopolitiques qui s’aggravent.

– Vous pensez à la situation en Ukraine et en Russie? Les marchés ne semblent pourtant pas s’en inquiéter…

– Certes, pour l’heure, il n’y a pas de problèmes. Mais 15% des exportations mondiales de grains et 6% des huiles végétales proviennent de l’Ukraine et de la Russie. Une rupture même brève du flux des exportations pourrait être très haussière pour ces produits.