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Cinq stratèges choisissent dix actions pour 2019

Comme chaque année, à la demande du «Temps», cinq experts ont sélectionné des actions suisses et étrangères prometteuses pour l’année à venir

La pharma étant pratiquement le seul secteur à tirer son épingle du jeu en 2018, il n’y avait donc pas de raison qu’elle ne revienne pas en 2019. Comme chaque année, Le Temps a interrogé cinq stratèges, qui ont sélectionné une action suisse et une action internationale dans lesquelles ils voient un grand potentiel.

Novartis reste ainsi l’une des actions favorites des stratèges. Cette année, c’est Jérôme Schupp et François Savary, désormais tous deux chez Prime Partners et qui ont donc soumis leurs choix ensemble, qui la proposent, en mettant l’accent sur une série de mesures qui permettront au groupe «de se concentrer sur des segments à plus forte valeur ajoutée». Il s’agit de la «réorientation stratégique vers un groupe purement pharmaceutique» qui s’est encore accélérée cette année et d’une «restructuration en Suisse pour notamment adapter les outils de production aux produits de nouvelles générations tels que ceux provenant de l’immunothérapie».

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A la bourse suisse, les deux experts misent également sur Straumann, qui est devenu le plus grand fabricant mondial d’implants dentaires. Pour Jérôme Schupp et François Savary, le «potentiel de croissance reste important grâce à l’innovation, notamment dans le domaine des implants en céramique, ainsi qu’au segment de marché non premium dans lequel Straumann ne détient que 10% de parts de marché». Ils citent également la progression continue de la rentabilité et un bilan solide, qui «donne une grande latitude pour des acquisitions ciblées».

Belimo, un acteur de niche

Urs Beck préfère, lui, Swiss Life. Le gérant de portefeuille chez EFG Asset Management cite notamment les dividendes plus élevés que promet le groupe et le rachat d’actions à hauteur de 1 milliard de francs. En outre, «le modèle d’affaires continue de se déplacer vers des frais plus élevés, ce qui est plus stable», ajoute-t-il. Et Swiss Life est l’un des gérants d’actifs qui a le plus de succès et qui grandit le plus rapidement.

Belimo, le spécialiste en techniques de chauffage, ventilation et climatisation zurichois, a les faveurs de Thomas Stucki. Cet «acteur de niche avec une position de leader va profiter de l’urbanisation dans les pays émergents, de l’augmentation des besoins de sécurité et de l’accroissement de la demande pour des bâtiments éco-efficients». D’autant que d’après le responsable des investissements de la Banque cantonale de Saint-Gall, les investissements importants dans l’innovation donnent un avantage concurrentiel au groupe, qui peut ainsi imposer des prix intéressants.

Charles-Henri de Marignac, de The Forum Finance Group (un gérant indépendant genevois), estime que Swatch Group bénéficie d’un profil unique sur le marché de la montre, qu’il domine largement. «Son intégration verticale lui offre davantage de contrôle, de ses inventaires jusqu’à ses ventes, précise le gérant d’un fonds d’actions mondiales très concentré (une vingtaine de positions). Grâce à ses contrats avec des distributeurs, Swatch Group a une visibilité absolue sur 85 à 90 de ses ventes.» Un bilan très sain constitue un autre atout, tandis que la Chine – 45% des affaires de Swatch – devrait offrir un relais de croissance solide ces prochaines années.

AMS, toujours

A l’étranger, Urs Beck ne démord pas d’AMS, qu’il a fidèlement cité ces dernières années avec plus ou moins de succès (+200% en 2017, -72,93% en 2018). Les inquiétudes sur le bilan semblent exagérées aux yeux du stratège, alors que l’entreprise génère un fort cash-flow et que son activité de capteurs n’est pas cyclique, mais bénéficiera d’une croissance structurelle. L’an prochain, il profitera notamment du fait que nombre de smartphones tournant sur Android adopteront la reconnaissance faciale, qui elle-même sera de plus en plus utilisée par d’autres objets.

Thomas Stucki a une préférence pour Fresenius, le groupe allemand spécialisé dans la santé, qu’il juge bien positionné dans le monde et largement diversifié, avec des perspectives de croissance à long terme attractives. Selon le responsable de la banque saint-galloise, il devrait bénéficier des tendances démographiques, notamment grâce à son réseau extensif de cliniques privées.

La franchise unique de Walt Disney

Jérôme Schupp et François Savary recommandent, eux, Thales. Le groupe français se trouve face à des perspectives positives dans la plupart des domaines où il est actif, la défense, la sécurité, l’aérospatial et les transports. Un exemple: «L’année 2019 marquera la consolidation du groupe français Gemalto. Cela renforcera significativement l’activité sécurité et permettra d’importantes synergies de coûts, mais aussi de revenus», estiment les stratèges. Selon eux, la croissance des bénéfices devrait avoisiner les 20% l’an prochain.

Ils conseillent également Walt Disney, qui bénéficie d’une «franchise unique avec Disney, Pixar, Marvel, Lucasfilm (Star Wars) et désormais le catalogue de la 21st Century Fox (X-Men, Avatar, etc.)». Pour les experts de Prime Partners, «cette récente acquisition permettra de renforcer son pôle média et d’offrir, dès la fin de 2019, aux Etats-Unis d’abord, une plateforme de vidéo à la demande par abonnement afin de concurrencer vigoureusement Netflix».

Enfin, Charles-Henri de Marignac recommande l’action Dollar General. Avec plus de 15 000 magasins dans 46 Etats, l’entreprise de grande distribution à bas coût est active dans les communautés rurales de moins de 40 000 habitants et dotées d’un pouvoir d’achat limité. «Dollar General prévoit de doubler le nombre de ses magasins à moyen terme, car l’économie américaine crée de plus en plus de clients sur son segment», observe le gérant genevois, en référence à la polarisation de l’économie outre-Atlantique, par laquelle les plus aisés continuent à s’enrichir, tandis que les ménages modestes rencontrent des difficultés croissantes.


Une année 2018 difficile

Si l’année 2017 avait été un quasi-carton plein de nos stratèges, celle de 2018 s’est avérée bien plus délicate. A l’exception notable des pharmas proposées par Jérôme Schupp – Novartis, en hausse de 6,8% sur l’année, et Shire de 16,4% – et François Savary – Roche, +4% –, presque tous les titres ont affiché une baisse. Et à l’exception également de BKW, les Forces motrices bernoises, suggéré par Thomas Stucki et meilleure performance de l’année, avec un gain de 21,3%.

A relire: les propositions de 2017

Alors que le SMI a gagné 4% depuis janvier et que la bourse suisse dans son ensemble a perdu 6,7%, le MSCI, qui représente les actions mondiales, a gagné 28%. Pourtant, entre BT Group (-8,3%), proposé par Thomas Stucki, Autoneum (-32,8%) ou AMS (-72,9%) par Urs Beck, ou encore GE (-59,2%) par François Savary, les performances n’ont pas été au rendez-vous. Pas plus qu’elles ne l’ont été pour Laurent Bakhtiari, qui avait cité Clariant (-30,3%) et Iliad (-37,4%). Le conseiller en investissement chez Indosuez Wealth Management n’a pas pu renouveler l’expérience cette année. (MF)

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