Il est rare que la pharma ne figure pas parmi les actions fétiches des experts en placement. 2018 ne fait pas exception à la règle. Comme chaque année, Le Temps a interrogé cinq stratèges, qui ont sélectionné une action suisse et une action internationale dans lesquelles ils voient un grand potentiel.

La pharma, cette valeur sûre

Roche, d’abord, a connu une année 2017 décevante, mais le groupe bâlois devrait faire mieux en 2018, estime François Savary. Pour le responsable des investissements de Prime Partners, «dans un contexte de rally vieillissant des bourses, il n’est pas déraisonnable de considérer les titres à dividende dans un portefeuille». Comme Roche, qui, en outre, «a été délaissé malgré des développements produits qui semblent prometteurs, dans le segment de l’oncologie en particulier».

Et Novartis, ensuite, qui devrait voir «une nette accélération de la croissance des bénéfices», selon Jérôme Schupp, analyste indépendant. Le groupe pourra «compter sur le dynamisme de sa division pharmaceutique», tandis que «la division Sandoz, numéro un mondial des biogénériques, plus rentables et en forte croissance, restera en embuscade» et que celle de l’ophtalmologie «devrait enregistrer un rebond significatif de ses affaires, déjà visible au troisième trimestre 2017, après deux années particulièrement difficiles».

Apaisement chez Clariant

C’est Clariant qui a les faveurs de Laurent Bakhtiari, conseiller en investissement chez Indosuez Wealth Management. L’action a gagné plus de 30% en 2017, malgré les tensions avec son actionnaire activiste White Tale et l’échec de la fusion avec Huntsmann, et devrait encore progresser en 2018. Le secteur de la chimie «continue d’être porteur et une consolidation commence à prendre forme. A ce jeu, Clariant peut être à la fois une proie et un acheteur», estime l’expert. «Dans les deux cas de figure, cela peut être positif pour le titre», ajoute-t-il, considérant aussi que les tensions vont s’affaiblir l’an prochain.

Autoneum et BKW, des perles cachées?

Urs Beck préfère chercher les perles parmi les petites sociétés de la bourse suisse. Cette année, le gérant de portefeuille chez EFG Asset Management mise sur Autoneum, «l’action dont le prix est le plus attractif de tout le marché en Suisse». Contrairement aux autres fournisseurs de l’industrie automobile, Autoneum a généré des revenus de façon soutenable, estime-t-il, et devrait profiter de la tendance structurelle pour des poids et des émissions plus faibles.

Autre action sous-évaluée, celle de BKW, selon Thomas Stucki. Pour le responsable des investissements de la Banque Cantonale de Saint-Gall (BCSG), les Forces motrices bernoises disposent d’une direction excellente, le réalignement stratégique est en cours et est financé, tandis que l’expansion des services offre une hausse des marges potentielle et que le redressement des prix de l’électricité devrait améliorer la visibilité à moyen terme pour une augmentation du bénéfice.

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Hors de Suisse, c’est sur le secteur des télécoms que mise Laurent Bakhtiari, et plus particulièrement sur Iliad. Malgré le décrochage récent dû aux déboires d’Altice, les chiffres du groupe «restent bons et le pipeline de projets est bien rempli». Iliad, qui se focalise sur l’acquisition de nouveaux clients, sur l’augmentation de la génération de liquidité et le développement de son projet mobile en Italie, «possède un très fort potentiel de croissance», selon le conseiller en investissement.

AMS toujours

Télécoms encore, avec BT Group, dont la gestion des coûts est «excellente», selon Thomas Stucki. L’expert de la BCSG estime que des synergies découleront du rachat de l’opérateur EE et que les facteurs négatifs, comme la régulation et le déficit du fonds de pension, se dissiperont en 2018. En outre, la politique de dividende est «agressive».

Urs Beck, lui, parie comme l’an dernier sur AMS, qui produit des capteurs notamment pour Apple. Basé en Autriche (mais coté en Suisse), le groupe a gagné plus de 200% en 2017 et pourrait continuer à progresser. Car ce marché «n’est pas cyclique, il est structurel», affirme le spécialiste d’EFG. AMS profite de la demande venant d’Apple, mais d’autres sources de croissance vont prendre le relais. C’est le cas de capteurs pour les émissions de gaz, pour les tests dans la manufacture ou pour les voitures sans conducteur. «Et toutes les autres choses auxquelles nous ne pouvons même pas encore penser aujourd’hui.»

GE se restructure

GE a vécu une annus horribilis en 2017. Mais, estime François Savary, sous l’impulsion de son nouveau directeur général, le groupe américain va se délester de pans d’activités et revoir son organisation. D’après le responsable des investissements de Prime Partners, «le titre intègre les mauvaises nouvelles et devrait bénéficier d’une croissance solide en 2018, avec une plus grande contribution de l’investissement».

La pharma a ses adeptes à l’étranger aussi. Pour Jérôme Schupp, le groupe britannique Shire bénéficie d’un fort potentiel de rebond. «Son cœur de métier, les maladies rares, continue d’afficher une croissance stable et supérieure au marché mondial», explique l’analyste, qui ajoute que l’acquisition de l’américain Baxalta a permis d’étendre les compétences du groupe dans l’immunologie. «Shire bénéficie désormais d’un portefeuille de produits plus étendu et plus diversifié.»


Carton quasi plein en 2017

Aidés par des marchés plutôt favorables (près de 16% pour le SMI et un peu plus de 20% pour le SP 500), les experts ont fait des choix pour la plupart gagnants en 2017. En tête, Urs Beck avait misé sur le fabricant de capteurs autrichiens AMS, qui a gagné plus de 200%. Son deuxième choix, Roche, qui était également sélectionné par Jérôme Schupp, a progressé de 6%. L’autre grande performance est celle de Straumann, choisi par François Savary, en hausse de plus de 73%.

Son second pari, SAP, a progressé d'un peu plus de 12%. Laurent Bakhtiari affiche également des chiffres noirs pour Geberit, en hausse de 5% sur l’année, et Michelin, près de 20%. Plus difficiles à évaluer, les choix de Thomas Stucki ont fait l’objet de scissions. Pour Galenica, cela s’est produit en avril, avec une hausse de plus de 15% qui s’en est suivie, tandis que l’allemand Metro a perdu près de 10% depuis sa division l’été dernier. Enfin, Jérôme Schupp, qui avait misé sur Nordex, a enregistré une perte de 53%.

(M.F.)