Une croissance molle, un chômage élevé et un endettement coûteux minent les Etats-Unis, l’Europe et le Japon. Ces derniers exigent des compromis, notamment auprès de la Chine.

La guerre des monnaies

«Forger les outils de la paix monétaire.» Il y a une semaine, en évoquant les objectifs de son pays qui présidera le G20 l’an prochain, la ministre française de l’Economie répondait en quelque sorte à son homologue brésilien. Fin septembre, ce dernier s’inquiétait de la «guerre des monnaies», qui menaçait la compétitivité de son pays. La critique visait en particulier les Etats-Unis, accusés de laisser se déprécier le dollar, pour soutenir leurs exportations et donc leur croissance. A titre d’exemple, le billet vert se situe actuellement à un plus bas historique face au franc; il vaut moins de 97 centimes.

Ces derniers mois, le Brésil, la Corée du Sud ou encore l’Afrique du Sud ont riposté en renforçant le contrôle des capitaux. Le Japon est intervenu sur le marché des changes, comme la Suisse l’avait fait au printemps face à l’euro. La semaine dernière, l’annonce d’un nouvel assouplissement de la politique monétaire américaine, qui va accentuer la faiblesse du billet vert, a ravivé cette guerre des changes.

Pour soulager la pression à l’approche du G20, Washington, qui par ailleurs ne cesse de reprocher à la Chine de maintenir le yuan sous-évalué, a proposé de fixer une limite aux déficits commerciaux plutôt que de réguler les taux de change. Une idée aussitôt rejetée par Berlin. Puis abandonnée par Washington.

Cet été, Nicolas Sarkozy appelait à un débat sur les monnaies «sans tabou». Lundi, la Banque mondiale a proposé de revenir à l’étalon or, qui déterminerait la valeur des devises.

La réforme financière prend du retard

Promise lors du sommet de Londres en avril 2009, la réforme de l’architecture financière internationale prend du retard. La principale mesure, l’encadrement des banques «trop grandes pour faire faillite» que les spécialistes appellent plus volontiers «institutions financières d’im­portance systémique (SIFI) aurait dû être présentée ce mois-ci à Séoul. Elle est désormais reportée à avril prochain par le Comité de Bâle, qui planche sur la question. Une liste de ces SIFI, dont UBS et Credit Suisse, pourrait cependant être publiée, croyait savoir hier le Financial Times. Alors que la liquidation d’une grande banque internationale exigerait une coopération accrue entre autorités de surveillance, les Etats ­rechignent toujours à se livrer les informations confidentielles nécessaires.

Pour le professeur Cédric Tille, de l’IHEID, «nous allons vers une situation où chacun fait quelque chose dans son coin; la Suisse l’a fait, d’autres vont peut-être la suivre. La progression se fait davantage au cas par cas et pas au G20».

Enfin, le rôle des agences de notation financière en est encore au stade des déclarations d’intention au niveau du G20, alors que l’Union européenne a présenté un plan pour les encadrer.

La tentation protectionniste

Un chômage élevé et persistant dans les pays développés et les dévaluations compétitives pour favoriser les exportations pratiquées par plusieurs pays font craindre une résurgence du protectionnisme. Aux Etats-Unis, la pression des syndicats contre les importations asiatiques produit son effet. Certains Etats ont banni le sous-traitement à l’étranger comme ils ont rendu plus difficile l’obtention de visas pour des travailleurs qualifiés étrangers. Pour sa part, la Chine, fournisseur de 90% des terres rares à l’industrie électronique mondiale vient de fermer le robinet des exportations. Dans son rapport au G20, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) affirme que le nombre de mesures protectionnistes est en baisse, mais de nombreux pays – l’Inde, la Chine, l’Argentine, le Brésil n’ont même pas pris la peine de répondre à l’enquête du gendarme du commerce mondial.

Sur le plan des investissements, une grande méfiance entoure les projets asiatiques aux Etats-Unis et en Europe. Washington bloque au nom de la sécurité nationale une participation aux Etats-Unis de la compagnie des télécommunications chinoise Huwei. La Chine n’est pas toute innocente; elle freine aussi des capitaux étrangers dans des secteurs qu’elle a décrétés stratégiques.

La gouvernance mondiale en question

La bataille la plus visible concerne les réformes du Fonds monétaire international (FMI), gendarme de l’économie et de la finance mondiales. Le comité directeur a annoncé un réalignement de 6% des droits de vote la semaine dernière en faveur des pays émergents. Surreprésentée à présent, l’Europe a promis de sacrifier deux fauteuils de direction. Au nom d’Afrique, l’Afrique du Sud plaide pour un troisième siège.

Toujours dans le cadre des réformes annoncées, les Etats-Unis maintiennent 16,7% des droits de vote, ce qui leur donne un droit de veto sur toutes les décisions de l’institution.

Une redistribution des droits de vote en faveur des pays émergents avait eu lieu en 2009. Elle n’est toutefois pas entrée en vigueur; les Etats-Unis doivent encore faire ratifier cette mesure par le Congrès et le Sénat..

Une croissance mondiale inégale et en péril

Le FMI vient de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2010 à 3 à 4%, contre 4,8% initialement prévue. Ce chiffre cache mal le fait que les pays industrialisés ne sont pas encore sortis de la crise. Pire, leur économie est écrasée par le poids de la dette et selon de nombreux analystes, la reprise ne se manifestera pas avant 2013.

Cette croissance amorphe a une incidence directe sur l’emploi et le moral des ménages et des entreprises. Pour ne rien arranger, les Etats qui avaient mis en place des programmes de relance y mettent graduellement fin et mettent en place des mesures d’austérité. Cela met de l’ordre dans les finances publiques, mais constitue à coup sûr un frein à la croissance. Les pays émergents ont retrouvé leur dynamisme, mais ils restent dépendants des marchés et des investissements américains, européens et japonais.