Encore en chantier, le Quartier de l’innovation de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a annoncé hier avoir déjà trouvé deux nouveaux locataires: l’entreprise informatique américaine Cisco et le groupe biopharmaceutique lausannois Debiopharm.

Le groupe californien fabricant de routeurs et de commutateurs Internet, ouvre ainsi sa première antenne de recherche et développement sur un campus universitaire. Dès octobre 2010, ses ingénieurs travailleront dans des bureaux de 800 mètres carrés. Pour sa part, Debiopharm qui avait déjà signé un accord avec l’EPFL pour créer une chaire d’oncologie dans la Faculté des sciences de la vie et qui décerne un prix scientifique annuel, installera un laboratoire de 400 mètres carrés dans ce nouveau Quartier de l’innovation.

Dès octobre 2010, plus de soixante ingénieurs et chercheurs des deux sociétés emménageront sur le campus.

Responsable de la vice-présidence à l’innovation et à la valorisation, Adrienne Corboud Fumagalli chapeaute ce nouveau lieu de vie où start-up et grandes entreprises pourront se côtoyer.

Le Temps: Comment avez-vous convaincu Cisco et Debiopharm de s’installer sur le site de l’EPFL?

Adrienne Corboud Fumagalli: La proximité géographique avec l’EPFL et d’autres sociétés technologiques du Quartier de l’innovation attire l’industrie. Ces sociétés souhaitent être proches des personnes qui ont des idées novatrices. Nous effectuons de la recherche de bon niveau, tout en étant assez pratiques.

– Des projets de collaboration sont-ils déjà envisagés avec Cisco et Debiopharm?

– Si les entreprises choisissent de s’installer dans le Quartier de l’innovation, c’est justement pour établir des projets de recherche avec l’EPFL. Avec Debiopharm des collaborations existent déjà. Quant à Cisco, il est très probable que dans un proche avenir, les résultats de nos chercheurs intéresseront ce leader mondial de la télécommunication.

– Le Quartier de l’innovation est encore en plein chantier. Quand sera-t-il terminé?

– Englobant déjà deux structures existantes (le Garage et le Parc scientifique), le Quartier de l’innovation s’agrandira par la construction de huit nouveaux bâtiments. D’ici à cet été, les quatre premières constructions verront le jour dont un bâtiment dédié à loger des start-up. Entièrement financé par la Fondation du Parc scientifique, il complétera ainsi les trois premiers bâtiments (PSE A, B et C) déjà construits quelques années plus tôt. Parallèlement, trois immeubles seront exclusivement réservés à l’accueil d’entreprises et d’industries. Une bâtisse dédiée aux laboratoires sera pour sa part achevée en mars 2011. La deuxième étape du chantier conduira à la construction des trois derniers bâtiments. Les travaux devraient être terminés à la fin de l’année prochaine, voire en début 2012. Au total, 4 3000 m2 de surfaces locatives seront disponibles. Le budget total du projet se chiffre à 100 millions de francs. Le terrain appartient à la Confédération et nous sous-louons les bureaux disponibles, sans chercher à réaliser de plus-values. S’il devait y en avoir, nous les réaffecterions à des projets d’innovation.

– Outre Debiopharm et Cisco, quels seront les locataires du Quartier de l’innovation?

– Plusieurs sociétés sont proches d’une décision. Logitech a déjà annoncé la reprise d’un bâtiment entier pour y installer toute sa recherche et son développement. Alcan et Nokia migreront également dans ces nouveaux espaces dès cet été. Au total, environ trente entreprises devraient rejoindre le Quartier de l’innovation.

– Devez-vous vendre activement l’image de l’EPFL pour attirer des sociétés industrielles?

– Nous cherchons à les contacter lorsque nos travaux de recherche sont susceptibles de les intéresser. Elles ne sont pas toujours au courant de ce qui se passe dans nos laboratoires. Alcan Aero­space, par exemple, a été séduit par notre expérience unique dans le domaine des matériaux.

Les premiers contacts ont souvent lieu grâce aux relations que possèdent déjà plusieurs professeurs et des chercheurs auprès de l’industrie. Nous collaborons également avec le Développement économique vaudois (DEV) qui favorise l’implantation d’entreprises étrangères de qualité. Pour structurer notre offre et répondre à une thématique spécifique, nous avons développé des centres de compétence regroupant plusieurs laboratoires. Citons le Centre de neuroprothèses, le Centre de l’énergie, le Centre de l’espace ou le Centre de transport.

– Quel est l’intérêt pour l’EPFL d’avoir un Quartier de l’innovation?

– Lorsque l’on fait de la recherche de pointe, il faut avoir des partenaires industriels qui reprennent le flambeau au risque, sinon, de faire face à un cimetière de prototypes. Nous valorisons ainsi des brevets, créons une activité économique et des emplois.

Cette proximité entre sociétés, start-up et chercheurs facilite le transfert technologique. Pour les start-up du Parc scientifique d’Ecublens, le Quartier de l’innovation encouragera les échanges et donnera l’occasion à l’une d’entre elles de trouver plus facilement un partenaire ou d’être rachetée.

– Comment faciliter ces contacts?

– Il faudra animer le Quartier de l’innovation, créer des espaces de socialisation et mettre sur pied des conférences où des spécialistes et experts de l’industrie et de la recherche viendront présenter leurs visions de l’avenir.

– Existe-t-il d’autres Quartiers de l’innovation en Europe, à l’exemple de celui de l’EPFL?

– Il s’agit d’un concept assez unique. Grenoble et Cambridge possèdent des espaces dédiés à l’industrie. Toutefois, il s’agit de lieux très thématiques. Seuls Stanford, le MIT aux Etats-Unis et le Science Technology Park à Hongkong présentent des lieux similaires.