Citigroup et Bank of America, les deux plus grandes banques du monde, seraient encore en manque de capitaux, à en croire les premiers résultats du «stress test» mené par le Trésor américain, c’est-à-dire l’examen approfondi de la capacité de 19 des plus importantes banques américaines à résister à un climat économique polaire. C’est ce que rapportait le quotidien économique Wall Street Journal dans son édition de mardi, citant des sources proches du dossier.

Dans le cas de Bank of America, la carence en capital se montrait à plusieurs milliards de dollars, selon les mêmes sources. L’explication, ou démenti détaillé, des deux banques devraient suivre incessamment. Mais en bourse, les valeurs financières ont déjà mal réagi, notamment sur les places asiatiques.

Le gouvernement américain, qui avait initialement prévu de communiquer les résultats du «stress test» le 4 mai, prévoit désormais de les publier dans le courant de cette semaine. Les représentants du Trésor tiennent à préciser, toujours au travers des mêmes sources citées par le WSJ, qu’une nécessaire recapitalisation n’est pas synonyme d’insolvabilité.

Pour ces banques, une recapitalisation qui compterait sur des fonds privés relève de la mission impossible, à l’heure où les marchés se méfient plus que tout des institutions financières. Une option évoquée par le WSJ consisterait à convertir en actions ordinaires les titres préférentiels détenus par le gouvernement. D’un point de vue purement comptable, cela reviendrait à augmenter le capital de la banque, tout en faisant de l’Etat américain le principal actionnaire de la banque, et en diluant la valeur des titres détenus par les actionnaires existants.

Jusqu’ici, Bank of America et Citigroup ont déjà reçu un total cumulé de 95 milliards de dollars du Trésor américain (respectivement 45 et 50 milliards de dollars), ce qui les place parmi les plus importants bénéficiaires du TARP, le fonds de 700 milliards d’aide gouvernementale aux institutions financières.

Les actionnaires de Bank of America seront réunis demain (mercredi), en une assemblée générale qui promet d’être houleuse et pourrait déboucher sur la démission de Ken Lewis, le CEO de la banque. Les actionnaires lui reprochent notamment de leur avoir caché l’état de santé désastreux de Merrill Lynch au moment de son rachat précipité en septembre 2008.

C’est au cours de cette semaine historique de l’automne 2008, qui a vu s’effondrer Lehman Brothers dans le séisme financier que l’on sait, que Bank of America, la plus grande banque commerciale du monde, et Merrill Lynch, l’une des plus prestigieuses enseignes de Wall Street, annonçaient leur mariage de raison négocié en moins de 48 heures. A l’époque, tous se sont gargarisé des potentiels profits que recelait l’opération.

Depuis, Bank of America, mesurant le trou noir qu’était Merrill Lynch, a été contrainte de réclamer 20 milliards de dollars d’aide gouvernementale supplémentaire début 2009, en plus des 25 milliards déjà reçus en octobre. En janvier, Bank of America s’est débarrassée de John Thain, CEO de Merrill Lynch et artisan - encensé à l’époque - de ce rapprochement. Il est parti sous les huées, alors que l’on découvrait qu’il s’était assuré le versement, ainsi qu’à une poignée de cadres, de bonus pharaoniques avant l’annonce des résultats désastreux de janvier.

Aujourd’hui, c’est la tête de Ken Lewis qui est réclamée de toutes parts, par des actionnaires et des contribuables furieux. Sa décision de rachat de Merrill Lynch, qui a suivi de près celle de reprendre Countrywide (un important prêteur hypothécaire en faillite) aurait été prise en dépit de toute règle prudentielle et avec la volonté mégalomane de bâtir un empire à bon marché, disent ses détracteurs. Se sentant mis sous pression par le gouvernement et craignant pour son poste, Ken Lewis aurait signé l’opération alors qu’il avait connaissance de l’état désastreux des comptes de Merrill Lynch, apprenait-on la semaine dernière.

Jugée trop faible en capitaux par le Trésor américain, la banque doit affronter la défiance des marchés et la colère du contribuable. L’assemblée générale devrait décider demain du sort de Ken Lewis, sa figure emblématique.