Après une attente de quatre mois, l'heure des décisions a sonné pour Citigroup. Vikram Pandit, président du premier groupe bancaire mondial depuis décembre dernier, a joué longuement avec la patience de ses actionnaires et des investisseurs, qui espéraient des annonces de restructuration dans un bref délai suite à sa nomination. Il a attendu jusqu'à ce vendredi pour faire connaître son plan d'action pour sortir de la crise. Son point fort: la vente d'actifs pour 400 milliards de dollars.

L'annonce était d'autant plus attendue que Citigroup est la banque ayant le plus souffert de la crise des «subprime». Elle a subi des pertes de 40 milliards de dollars et a dû lever 42 milliards sur les marchés des capitaux afin de reformer sa base de fonds propres. Le fonds souverain d'Abou Dhabi, notamment, y a contribué.

«Héritage du passé»

La mesure la plus importante annoncée par Vikram Pandit lors d'une présentation aux analystes faite au siège de la banque à New York concerne donc la réduction du bilan de 18,3%. Actuellement de 2188 milliards de dollars, il devrait être ramené aux alentours de 1700 milliards par la vente d'actifs pour un total de 400 milliards. Le patron se donne deux à trois ans pour parvenir à cet objectif, a-t-il précisé.

Les 400 milliards de dollars promis à la cession constituent les quatre cinquièmes de ce que la banque considère comme «l'héritage du passé». Celui-ci, totalisant 500 milliards, est le résultat d'activités de prêts dans des véhicules de placements à haut risque dont le rendement était élevé jusqu'à l'été dernier avant de s'effondrer au second semestre 2007.

Ces 500 milliards sont distribués à 35% dans des prêts immobiliers, à 11% dans des véhicules spéciaux (SIV), à 6% dans des prêts à levier élevé, à 5% dans des CDO basés sur des prêts «subprime», à 4% dans des leasings automobiles et à 39% dans divers placements. La banque conservera un reliquat de 100 milliards de dollars dans ses livres.

Un retour à des rendements élevés

Dans le segment des cartes de crédit, la banque veut sortir des segments les moins profitables. Elle veut éliminer les offres de service regroupées («silos de produits»). Dans la banque d'affaires, Citigroup entend mettre fin aux activités non profitables, notamment le segment des crédits structurés et des prêts à haut levier. En revanche, tout comme UBS, elle n'entend pas se défaire de cette activité dans son ensemble, mais tout au plus la réduire.

La banque veut chercher la croissance dans la gestion de fortune, en visant notamment le segment des ultra-riches. Sa masse sous gestion s'élève à 2000 milliards de dollars et la range juste derrière UBS. Le segment contribue pour 13% à ses revenus globaux, qui s'élevaient à 81,7 milliards de dollars en 2007.

Le géant mise aussi sur l'accroissement de son rôle de banque globale dans les pays émergents, d'où il tire 32% de ses revenus. Citigroup espère revenir à un taux de rendement des fonds propres de 16 à 18% au terme de sa restructuration, proche de la moyenne des premières années de la décennie, et à un ratio de couverture des fonds propres de 8,6%.

«L'énormité de la part du bilan dont le groupe veut se défaire met en lumière l'importance du désendettement («deleveraging») requis par la réduction des surcapacités bancaires», note Michel Juvet, stratège chez Bordier.

«Ce train de mesures marque l'échec du modèle de banque globale suivi par Citigroup depuis des années. A force de se vouloir universelle, elle n'a su être la première dans aucun domaine particulier», ajoute Serge Ledermann, directeur de l'investissement chez LODH.