La flèche décochée en début de semaine par Pierre Mirabaud, président de l'Association suisse des banquiers, à l'endroit de la City n'a certes pas fait la une de la presse britannique. Mais ses propos publiés lundi par le Berner Zeitung ne manquent pas pour autant de délier les langues outre-Manche. En dénonçant Londres comme «un paradis pour les blanchisseurs d'argent», Pierre Mirabaud a bel et bien jeté un pavé dans la marre.

Ce n'est certes pas la première fois que la Suisse aiguillonne la City. Aussi, l'occasion était-elle trop belle lorsque la branche britannique de l'ONG Transparency International a épinglé Londres il y a trois semaines. Dans son dernier rapport, Transparency-UK dénonce en effet la réglementation sur les trusts en vigueur outre-Manche, et déplore «le manque de surveillance et de régulation sur le marché britannique» où l'argent sale blanchi représenterait un volume compris «entre 25 et 40 milliards de livres» (entre 54,5 et 87 milliards de francs).

Attaquer pour se défendre

Pierre Mirabaud lui emboîte donc volontiers le pas et pointe du doigt, à son tour, la législation britannique qui garantit l'anonymat aux ayants droit économiques qui se trouvent derrière un cartel. Conséquence, selon Pierre Mirabaud: «Le soi-disant échange d'informations est une farce car les banques ne connaissent pas réellement leurs clients», alors que la Suisse subit «trop de réglementations».

«La meilleure défense est l'attaque, nuance Andrew Hilton, directeur du Centre for the Study of Financial Innovation. Les deux marchés sont en concurrence et la Suisse est elle-même sous pression à ce sujet. Mais rien ne prouve qu'il est plus facile de blanchir de l'argent à Londres. Simplement, comme Londres est le plus gros marché financier, le volume des transactions y est naturellement supérieur. Dès lors les transactions litigieuses y sont forcément plus nombreuses qu'ailleurs.»

Hier soir, la Financial Services Autority, alias le gendarme de la City, réservait encore sa réponse. Le ton était en revanche beaucoup plus ferme du côté de la British Bankers Association (BBA) qui rétorque que «Londres est l'une des places financières les mieux régulées de la planète» et rappelle que le Royaume-Uni n'a de cesse de durcir son arsenal anti-blanchiment. Mais Justin Urquhart-Steward, analyste chez 7 Investment Management, reconnaît toutefois que Londres a encore du pain sur la planche: «Je suis inquiet d'entendre dire que notre marché est vierge de tout soupçon et que c'est l'un des plus vertueux au monde. Certes le contrôle a été renforcé mais il existe encore du blanchiment d'argent. Comment pourrait-il en être autrement alors que le volume des opérations est si élevé?»