Banque

A la City, les tests d’éthique sont désormais obligatoires

Les aspirants traders doivent passer un examen. L’objectif est de retrouver la confiance du public

Depuis la tourmente des crédits à risque, les «subprime», en 2008, la réputation de la City de Londres a souffert d’une série de scandales liés au manque d’éthique, qui ont éclaboussé, en particulier, les deux géants bancaires britanniques, Barclays et Royal Bank of Scotland (RBS).

La course au gigantisme et aux bonus a dilué les valeurs communes au profit du chacun pour soi, souligne un rapport, publié mercredi 3 avril, sur Barclays. Dans ce document, l’enquêteur indépendant, mandaté par la banque à la suite de l’affaire de la manipulation du taux interbancaire Libor, critique «les défaillances de la culture d’entreprise».

Le même jour, un groupe de 12 000 actionnaires de RBS a annoncé le lancement d’une action collective contre l’ancienne direction qu’ils accusent d’avoir menti sur la situation de l’établissement lors de l’augmentation de capital de 2008. Aujourd’hui nationalisée, l’institution d’Edimbourg est le symbole de l’amoralité de certains financiers.

Pour lutter contre ce fléau, depuis le 2 avril, les aspirants traders et courtiers doivent obligatoirement passer un test d’éthique avant de pouvoir s’inscrire à l’examen officiel d’accès à la profession.

«Il s’agit de restaurer la confiance du public dans les services financiers», souligne Simon Culhane, directeur général du Chartered Institute for Securities and Investment, chargé de l’organisation de la première épreuve de ce type au monde qui est destinée à jauger les valeurs éthiques des futurs opérateurs des salles de marchés.

Que faire d’un client qui veut deux billets pour assister à la finale de la Coupe d’Angleterre, menaçant, en cas de refus, de changer de fournisseur? Faut-il dénoncer un trader junior qui imite la signature d’un supérieur pour sauver une transaction sur le point d’échouer? Quel sort réserver à un collègue talentueux mais qui a menti sur son CV? Telles sont quelques-unes des questions qui pourraient être posées aux candidats.

L’objectif de l’initiative n’est pas de trier le bon grain de l’ivraie, mais de faire comprendre aux futurs professionnels l’importance du respect de la morale dans les affaires, affirment ses promoteurs.

Pour ses détracteurs, l’épreuve ne s’attaque pas aux problèmes de fond: la culture du profit et la concurrence à couteaux tirés qui obscurcissent le jugement des professionnels, sans compter la lourde charge de travail, le stress et la fatigue qui réduisent la capacité à réfléchir sur l’essence du métier.

En outre, l’esprit de corps, les pressions exercées par les membres de l’équipe ou l’ego surdimensionné de dirigeants, supprimant toute dissidence, amènent trop souvent à franchir la fragile ligne rouge.

«Les employés de base regimbent à tirer la sonnette d’alarme en raison des réticences bien connues de l’état-major à être confronté à des problèmes», fait valoir Andre Spicer, professeur à la Cass Business School.

Surtout, le test est jugé trop facile pour encourager les futurs banquiers à rester dans les clous. Le taux de réussite à cette épreuve, qui était auparavant volontaire, était de… 93%!

L’objectif est de faire comprendre aux futurs professionnels l’importance du respect de la morale

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