Philip Green, l'entrepreneur milliardaire qui a pris d'assaut le prêt-à-porter britannique, est connu pour son dédain de la City et sa faculté à piquer des grosses colères. Well, l'affaire Marks & Spencer ne va rien arranger: cette fois, ce sont les investisseurs qui s'impatientent et grondent contre le prédateur. Il y a bientôt un mois que Philip Green a fait part de son intention de racheter M & S, profitant du désarroi qui frappe l'enseigne emblématique du commerce britannique, dont les résultats sont médiocres et les parts de marchés s'érodent. La semaine dernière, le propriétaire d'Arcadia et de Bhs est revenu à la charge avec une offre améliorée (plus de titres et moins de dette), dont le total tout compris atteint les 10,5 milliards de livres.

Cette modification n'a eu que peu d'effet: non seulement les administrateurs de M & S sont parvenus jusqu'ici à se défendre sans trop de problème, mais les investisseurs, cette fois, expriment publiquement leur agacement devant la réticence de Philip Green de leur proposer une offre qui aurait un réel attrait. En deux mots, au lieu de valoriser le groupe de grande distribution à 370 pence l'action, ce qui est jugé court par l'ensemble de la communauté financière londonienne (le titre navigue autour des 356 à 358 pence actuellement), le milliardaire et ses soutiens financiers (HBOS, Goldman Sachs et Barclays Capital) feraient mieux de proposer 400 pence par action, et l'affaire serait entendue, dit-on dans les couloirs de la City. Pas si simple. D'abord, Philip Green aura peut-être du mal à ficeler un dossier plus alléchant. Il a déjà, semble-t-il, poussé au maximum les possibilités de sa holding privée, en montant sa contribution à 1,1 milliard de livres. D'autre part, la nouvelle configuration de l'offre signifie qu'à moins de l'introduction d'un mécanisme de droits de vote préférentiels, l'entrepreneur a cédé la majorité à ses financiers. Aller plus loin dans ce sens l'affaiblirait sans doute trop à ses yeux.

Enfin, les actionnaires de M & S sont peut-être tentés de suivre la nouvelle direction du groupe, emmenée par Stuart Rose, qui a remplacé Roger Holmes, l'ancien protégé de Luc Vandevelde, débarqué au printemps. Rose a pris le taureau par les cornes, et s'est débarrassé de l'héritage du Belge, notamment en renvoyant à ses chères études Vittorio Radice, l'ancien patron de la chaîne de magasins de luxe Selfridge's, qui avait été chargé de dynamiser le secteur des produits ménagers, avant de se voir confier, pour trois semaines seulement, la division cruciale des vêtements.

Mais les investisseurs pourraient attendre, avant de se décider, que la pression oblige Stuart Rose à rembourser du capital aux actionnaires, pour compenser une supposée perte de gain engendrée par son refus de discuter avec Philip Green. Le pari serait de gagner sur deux fronts: avoir un management qui remette Marks and Sparks (comme on dit familièrement ici) sur les rails, tout en garnissant les poches des actionnaires. Le feuilleton continue. Et il tient toutes ses promesses: Philip Green déteste perdre, surtout «contre» la City.