«Hide in your shell» (Cache-toi dans ta coquille), chantait il y a bien longtemps Supertramp.

C'est pour avoir suivi ce bien mauvais conseil que sir Philip Watts est en partie responsable des malheurs actuels du géant pétrolier anglo-néerlandais Royal Dutch/Shell. Le mois dernier, lorsque la direction avait révisé ses réserves prouvées à la baisse, à la (mauvaise) surprise générale, Philip Watts était aux abonnés absents. Il s'était ensuite muré dans un silence gênant, malgré l'effondrement du cours en Bourse, provoquant des réactions outragées parmi les investisseurs.

La semaine dernière, sir Philip a fait amende honorable, laissant son habituel ton cassant pour délivrer un message d'excuses empreint d'humilité. A dix-sept mois de sa retraite, le président a ainsi conservé ses chances de rester en poste, les analystes ayant apprécié sa démarche. En revanche, il n'empêchera pas la pression de croître contre le maintien de la structure compliquée de l'entreprise. Lui-même l'a admis: certains grands actionnaires critiquent tant cet arrangement «obsolète», blâmé pour les errements décisionnels de la compagnie, qu'il faudra bien les écouter.

La discussion promet d'être aussi tortueuse que l'organigramme du groupe. En effet, Royal Dutch/Shell est la somme imparfaite de deux entreprises séparées, chacune dirigée par une structure sommitale différente, née de cultures capitalistes divergentes, pour ne pas dire antagonistes. La partie néerlandaise est fortement marquée par la tradition germanique, où les anciens managers conservent un pouvoir significatif à l'étage supérieur du conseil, et où celui-ci détient des actions à droits de vote préférentiel, une offense dans la logique de la City. L'entité britannique est régie par une structure de gestion à l'anglo-saxonne, normalement plus directe et plus rapide à réagir. Mais l'ensemble est lié par un comité des administrateurs délégués, et la balance du pouvoir, en termes de capital, penche du côté hollandais (60% contre 40%).

Renverser le conservatisme institutionnel de Royal Dutch risque d'être très long et délicat. Cette raideur contraste avec l'optimisme mal placé de la direction du groupe, qui a largement surestimé le potentiel exploitable de plusieurs champs de pétrole et de gaz en cours d'exploration, pour lesquels ses concurrents avaient pourtant… les plus grandes réserves.