Le pire est à venir pour le secteur financier britannique. C'est la conclusion du rapport trimestriel sur les services financiers du CBI (patronat britannique), qui est publié aujourd'hui. Celui-ci, qui interroge une centaine d'entreprises du secteur, prédit que 12000 emplois vont être supprimés pendant les trois prochains mois. La publication de ce chiffre fait suite à la suppression vendredi dernier par HSBC de 1100 emplois, dont la moitié en Grande-Bretagne. Jeudi, la petite banque Bradford & Bingley annonçait une réduction d'effectifs de 370 personnes.

«Un an après le début de la crise du crédit, les volumes d'activité et la profitabilité du secteur financier subissent leur pire recul, explique John Cridland, vice-directeur du CBI. Les entreprises ont de plus en plus peur de l'ampleur et de la durée de la crise, et elles envisagent de supprimer plus d'emplois et de réduire leurs investissements.»

L'étude du CBI est d'autant plus inquiétante qu'elle a été menée début septembre, avant la faillite de Lehman Brothers et la récente tempête des marchés. Interrogées pour connaître le volume d'affaires de leur entreprise, 61% ont répondu que celui-ci était en baisse par rapport au trimestre précédent, tandis que 10% estimaient qu'il était en hausse. La balance de -51% est le pire résultat depuis le début de l'étude, en 1989.

Licenciements dans les trois mois à venir

Mais c'est surtout le pessimisme pour l'avenir qui inquiète. Pratiquement toutes les entreprises (99%) estiment que la crise va durer plus de six mois. En décembre dernier, un tiers espérait en sortir rapidement. C'est cette vision noire de l'avenir qui pousse à des licenciements. Une balance de 44% affirme qu'elles vont licencier dans les trois mois à venir. Selon les calculs du CBI, cela devrait se traduire par 12000 emplois en moins. Ce chiffre va s'ajouter aux 8000 personnes déjà licenciées au deuxième trimestre en Grande-Bretagne. A titre de comparaison, un million de personnes travaillent dans la finance au Royaume-Uni.

Dans ce contexte, le CBI salue la tentative de sauvetage de Henry Paulson. «Nous avons besoin de ce plan, indique John Cridland. C'est très important pour les marchés.» Mais il en profite cependant pour demander aux politiciens de la retenue dans leur volonté d'encadrer la finance. «Il faut que la réponse reste proportionnée. Le risque est qu'une loi apporte des conséquences négatives inattendues, comme cela a été le cas avec Sarbanes-Oxley.»

Il craint que la compétitivité des services financiers britanniques n'en pâtisse. Une étude de la City publiée jeudi dernier indique que les places financières des pays émergents rattrapent progressivement Londres et New York. Certes, ces deux places dominantes continuent à être en tête du classement en termes de compétitivité, mais Dubaï, Shanghai et le Qatar, bien qu'encore loin derrière, sont en rapide progression. «Il faut rester concentré sur la compétitivité de la City, avertit John Cridland. Nous ne devons pas oublier que depuis vingt ans, et encore plus depuis dix ans, la City a fortement contribué à la croissance britannique.»

Alors que les leaders du monde entier ont multiplié les appels à la régulation depuis les Nations unies la semaine dernière, l'appel du CBI à la modération risque cependant d'être inaudible.