DIMANCHE 29 JANVIER 2012

Davos, clap final

Quel bilan dresser de la 42e édition du Forum économique mondial? L’Europe se fait tirer les oreilles par les Asiatiques, le FMI demande aux États des contributions plus importantes, tous les pays appellent à relancer les accords commerciaux multilatéraux mais personne ne veut faire de concession.

Dissymétrie aussi concernant l’emploi. Si 400 millions de jobs doivent être créés d’ici dix ans, on ne s’accorde guère sur les mesures à prendre. Il faut flexibiliser le marché de l’emploi et arrêter de parler de «sécuriser» des postes de travail, clament les grands directeurs. Il faut améliorer la formation, notamment pour les femmes, ont glissé des professeurs d’universités dimanche matin.

Au moment de quitter le centre des congrès, difficile de faire une synthèse et encore plus de prédire l’avenir. Étrange monde finalement que celui du centre des congrès de Davos où durant six jours, on aura, au détour d’un couloir, croisé Bill Gates, Christine Lagarde, Michael Dell ou encore Maria Bartiromo, la présentatrice star de CNBC. (Anouch Seydtaghia)

■ Les glaces vertes d’Unilever

Dimanche matin à Davos. Quasiment plus personne dans les couloirs du centre de congrès. Le dernier débat, conduit par Geoff Cutmore, présentateur vedette de CNBC, réunit les «tops shots» de l’économie, soit les patrons de Shell, Unilever, Citigroup ou encore Takeda. On parle emploi, crise européenne, nécessité d’agir… Du très convenu. Puis on parle environnement. «Nous avons les serveurs informatiques les moins gourmands en énergie du marché, c’est une réelle contribution aux problèmes de la planète», lance Sheryl Sandberg, directrice opérationnelle de Facebook.

Interrogé à son tour, Paul Polman, directeur d’Unilever, cherche un exemple et le trouve. «Vous savez, notre série de glaces de la marque Ben & Jerry’s présente un bilan en carbone neutre. Les consommateurs achètent nos glaces à cause de cet argument, et aussi à cause de leur goût.» Dans l’audience, personne ne rit. Et l’on passe rapidement au thème suivant. (Anouch Seydtaghia)

■ À la rencontre d’un «global shaper»

Le Genevois Florian Irminger fait partie des «Global Shapers» sélectionnés par le Forum économique mondial (WEF). Responsable du lobbying international de la fondation Human Rights House, il explique sa présence à Davos.

Le Temps: Pourquoi êtes-vous ici?

Florian Irminger: Cela a été une surprise complète. C’est en fait le WEF qui m’a invité ici. Il choisit des jeunes de moins de trente ans, pour certains hors des milieux économiques, pour ouvrir davantage le sommet.

– Quelles sont vos activités ici à Davos?

– J’ai la chance de pouvoir participer à toutes les réunions. Je sors de l’une d’entre elles consacrée à la Russie où j’ai pu parler avec les dirigeants d’un fonds de gestion dont l’avocat, qui avait dénoncé des pratiques frauduleuses, avait été arrêté puis tué. C’est un accès privilégié à des personnes importantes. Même si dans certaines de ces réunions, il y a peu de monde et la moitié des participants sont issus d’organisations non gouvernementales…

– Que pensez-vous de l’événement?

– Bon, je trouve très bien que le WEF fasse preuve d’ouverture en invitant des gens comme moi. En même temps, cela reste une réunion où les dirigeants politiques et économiques se réunissent entre eux. Je salue tout de même l’effort d’ouverture.

– Y aura-t-il une suite pour les «Global Shapers»?

– Oui absolument, nous sommes 400 dans le monde sélectionnés par le WEF, 70 à être venus à Davos, il y a deux antennes en Suisse, à Zurich et Genève, et nous allons continuer à nous réunir après Davos. (Propos recueillis par Anouch Seydtaghia)

SAMEDI 28 JANVIER 2012

■ Le bilatéralisme en accusation

Ce samedi soir à Davos, les leaders fatiguent. Ron Kirk, représentant américain au commerce, consulte ses emails en plein débat sur son téléphone, alors que Craig Emerson, son homologue australien, regarde sa montre. Le sujet, c’est bien sûr le commerce mondial, et en particulier la montée des accords bilatéraux au détriment des accords multilatéraux. «D’accord, le bilatéralisme se développe, mais il ne concerne aujourd’hui que 15% des échanges effectifs, tempère Pascal Lamy, directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les entreprises n’aiment pas trop ces accords bilatéraux. Imaginez un accord entre l’Inde et les Etats-Unis sur les télécoms et un autre, sur le même sujet, entre les États-Unis et la Corée: chacun de ces accords va très loin dans les détails, et de manière différente, ce qui complique la vie des entreprises américaines, dans mon exemple.»

«Alors d’accord, poursuit Pascal Lamy, les règles de l’OMC ne fonctionnent pas très bien. Mais l’assistance tant technique que juridique que nous proposons lors d’accords multilatéraux est très intéressante pour les parties prenantes.» «OK, répond Ron Kirk, mais les accords bilatéraux sont plus rapides à mettre en œuvre et ils sont tout de même efficaces pour relancer la croissance. Notre défi, c’est d’expliquer à nos citoyens pourquoi le commerce mondial est bon pour eux, lorsque les Américains voient que nous importons t-shirts et iPad…»

Du côté des pays émergents, on fait grise mine. «Le revenu moyen en Inde est de 3000 dollars par an, en Europe et aux Etats-Unis, c’est plus de dix fois davantage, on n’est vraiment pas au même niveau, affirme Anand Sharma, ministre indien du commerce. Il faut nous donner les armes pour que les accords commerciaux nous profitent à nous aussi.» Son homologue indonésien Gita Wirjawan approuve. «On est encore plus loin en Indonésie, nous sommes tout en bas de la chaîne de création de valeurs en fabriquant des chaussures et du textile. Il faut relancer les accords multilatéraux car ce sont eux qui offrent le plus d’égalité.» (Anouch Seydtaghia)

Le MIT au cœur du Forum

Il n’y a pas que des hommes d’affaires pressés au cœur du centre des congrès de Davos. Dans un coin discret, on aperçoit d’étranges machines reliées les unes aux autres. Bienvenue au «Fab Lab» (pour laboratoire de fabrication) du prestigieux MIT, l’Institut de technologie du Massachusetts. «Le but est de faire des essais, de combiner différentes machines entre elles pour créer de nouveaux objets», explique Sherry Lassiter, responsable de programme au «Center of bits and atoms» du MIT.

On aperçoit ainsi une imprimante capable de créer des objets en trois dimensions, et en différentes matières, les fameuses imprimantes 3D que commence à utiliser l’industrie. «Nous avons réussi à combiner une de ces imprimantes avec une autre machine spécialisée pour créer aisément des circuits imprimés, ce qui requiert normalement de lourdes machines d’usine. Le but est de stimuler la créativité», poursuit Sherry Lassiter. Au total, le MIT a créé plus de cent laboratoires de ce type dans le monde. L’institut est à Davos pour faire connaître ses projets. Une fois le Forum terminé, ce petit laboratoire sera donné à un centre pour enfants de migrants à Kutch, en Inde. (Anouch Seydtaghia)

«Come on, just do it!»

Il n’a l’air de rien, Donald Tsang. Chef exécutif de Hong Kong, il aurait a priori pu faire pâle figure, samedi matin, aux côtés de Christine Lagarde (directrice du FMI) ou encore Robert Zoellick (président de la Banque mondiale).

Erreur. L’homme politique asiatique, les mains soigneusement posées sur les accoudoirs de son fauteuil, adresse une véritable leçon aux instances internationales et aux dirigeants européens: «L’Asie a affronté une crise financière majeure à la fin des années 90. Mais aujourd’hui, avec ce qui se passe dans la zone euro, j’ai vraiment peur. A l’époque, nous avons réglé nos problèmes nous-mêmes en Asie, en garantissant vite les prêts aux entreprises pour ne pas tuer l’économie, en prenant aussi des mesures dures et rapides. Aujourd’hui, les dirigeants de la zone euro parlent d’une réduction («haircut») de la dette grecque de 30, ou 50, ou 70% depuis des mois. Mais agissez! Il faut des actions rapides, ne continuez pas ainsi à tergiverser! Restaurez la confiance, et maintenant!»

Seul orateur à être applaudi, Donald Tsang enfonce le clou quelques minutes plus tard, lorsqu’on l’interroge sur les différents fonds internationaux prévus pour soutenir les pays européens en difficulté: «Peu importent tous les pare-feu que vous pouvez créer. Ce que les marchés regardent, ce sont les fondamentaux des économies nationales. Seul cela compte.» (Anouch Seydtaghia)

VENDREDI 27 JANVIER 2012

■ Les conseils de Google aux Libyens

Éric Schmidt, président du conseil d’administration de Google, rentre de quelques jours passés en Libye. «Ce sont parmi les gens les plus charmants et gentils que j’ai rencontrés. Bon, tous ceux qui m’ont parlé avaient un pistolet sur eux.»

Éric Schmidt a un conseil pour eux. «Ils sont en train d’écrire leur nouvelle constitution. Il faudrait qu’ils inscrivent le droit à un internet libre et sans censure. Quand votre téléphone est sur écoute, que votre télévision ne diffuse que des images filtrées et contrôlées, internet est là où vous vous tournez. C’est fondamental.»

Reste à savoir ce qu’est allé faire Eric Schmidt en Libye. Mystère. (Anouch Seydtaghia)

■ «Nous ne serons pas les No2»

Dans un panel consacré à l’influence et à la puissance (économique, militaire) des Etats-Unis, deux sénateurs républicains et deux sénateurs démocrates n’imaginent pas que leur pays puisse être dépassé par la Chine.

Confrontés aux données statistiques (à croissance continue l’économie chinoise dépassera celle des Etats-Unis, avant 2020), les sénateurs répondent, unanimes, que les Américains ne pourront jamais admettre psychologiquement d’être «les No2». «Nous resterons les plus créatifs», lancera l’un d’eux. Avec humour, un représentant chinois leur répond: «Vous savez, nous ne sommes pas prêts à devenir les No1» (Pierre Veya)

Michael Dell himself!

Une hésitation. Est-ce lui? Oui, c’est bien lui! Michael Dell himself, directeur du fabricant d’ordinateurs éponyme. Sautons-lui vite dessus.

– Bonjour Michael, que pensez-vous de cette édition du WEF?

– Bon, c’est ma 17e édition, alors je connais bien (sourire). Bien sûr, il y a beaucoup de défis, mais je me sens mieux que l’atmosphère qui prévaut ici… Le climat a beau être morose, notre chiffre d’affaires par action a augmenté de 60% l’an passé, donc tout va bien pour nous. A Davos, c’est l’occasion de montrer au monde comment la technologie peut aider à résoudre des problèmes.

– Concrètement, que faites-vous ici?

– Je rencontre tellement de clients, de partenaires, de représentants des gouvernements… C’est l’occasion aussi de sentir ce qui se passe actuellement en Europe et dans le reste du monde, c’est une occasion unique.

– Quelle est votre opinion sur la crise européenne?

– Je sens que cette crise sera résolue dans un futur assez proche. Il faut que ces incertitudes cessent assez rapidement, car du coup les gens ont peur et n’agissent pas.

– Le climat est-il différent aux Etats-Unis?

– Je ne dirai pas que les Américains sont beaucoup plus confiants, mais le climat est plus positif, les patrons américains ne ressemblent pas à ceux qui, ailleurs, prédisent des catastrophes. (Anouch Seydtaghia)

Les inégalités, un problème?

A Davos, on parle beaucoup des inégalités. Est-ce vraiment un problème? Vu en marge d’un débat sur le Brésil, John Rice, vice-président de General Electric, répond par l’affirmative. «Oui, et il faut s’inquiéter lorsque les inégalités augmentent. Car si cela continue, nous aurons d’autres soulèvements dans le sillage du Printemps arabe. Reste à savoir comment trouver une solution. Certains avancent l’idée de nouveaux impôts, de davantage de régulation. Peut-être que cela fonctionne à court terme. Mais pas à long terme. Il faut davantage stimuler l’innovation, c’est la seule solution.» (Anouch Seydtaghia)

Wolfgang Schaüble défend «Rubik»

Dans une interview accordée à Davos au journal allemand «Stuttgarter Zeitung», le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a défendu le projet d’accord fiscal avec la Suisse, intitulé «Rubik», contesté par les Länder à majorité socialiste. Le ministre, qui rencontrera cet après-midi Eveline Widmer-Schlumpf, présidente de la Confédération, s’est également exprimé durant le forum économique sur la crise de l’euro. Ce matin, il a déclaré que le niveau d’endettement de la Grèce ne devait pas dépasser 120% de son produit intérieur brut (PIB) en 2020. (Agences)

Le ministre a également ajouté ne pas s’attendre à «un défaut de la Grèce», lors du Forum économique mondial (WEF) à Davos.

Accepter la dimension sociale

Dans un débat sur l’avenir du capitalisme, le ministre des Finances suédois explique que «le modèle anglo-saxon doit être réformé et accepter une dimension sociale. Le modèle d’économie sociale doit accepter plus de concurrence. La clé, c’est la formation.» (Pierre Veya)

OccupyWEF sort de ses bases

Non, les membres de OccupyWEF ne restent pas sagement dans leurs igloos. A l’image de Gunnar, croisé à deux pas des hôtels de luxe des hauts de Davos. «Vous croyez vraiment que ceux qui nous ont mis dans cette situation pourront tout régler? Ne vous faites pas d’illusion.» C’est en fait exactement le même discours que celui de David Roth, responsable des jeunes socialistes suisses. Pour l’heure, il ne semble y avoir eu aucun contact entre participants au WEF et leurs critiques. Et pendant ce temps, des participants russes au sommet sourient, en croisant Gunnar. (Anouch Seydtaghia)

Le problème des océans

Le forum de Davos ne traite pas que des problèmes économiques ou géopolitiques. L’environnement est l’un des thèmes importants, suivi notamment par beaucoup d’ONG. Un thème monte dans les esprits: les menaces qui pèsent sur les océans. Selon les experts, l’humanité risque d’épuiser une des principales sources de protéines. Pour le président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, cette préoccupation est au même stade de développement que le climat, il y a dix ans tout juste. Pour Greg Stone, responsable scientifique du Global Marine Conservation International, il est urgent de prendre des mesures pour protéger le plus grand capital naturel de la planète, sans quoi, dans vingt ans, des famines seront inévitables. La consommation de poisson augmente d’autant plus fortement que croissent les classes moyennes dans les pays en développement. (Pierre Veya)

«Come here boy, on va causer!»

Ça y est, après plusieurs tentatives, je rencontre Philip J. Jennings, secrétaire général du syndicat UNI Global Union (20 millions de membres). «Ah, c’est ton premier Davos! Come here boy, on va causer là-bas», rigole-t-il en me prenant par l’épaule. Accoudés à un bar au centre de congrès, nous voici à parler de ses ambitions pour Davos. «J’ai l’impression que cela bouge, que tous les acteurs sont d’accord pour dire que cela ne peut plus continuer ainsi. On va peut-être pouvoir appuyer sur le bouton «reset» pour le capitalisme.»

Philip J. Jennings a des idées précises. «Il faudrait permettre à des représentants d’employés d’avoir un droit de regard sur les rémunérations des dirigeants, promouvoir les femmes à des postes à responsabilité, pourquoi pas autoriser des jeunes à donner leur avis sur les salaires…» Un peu utopique, non? «Pas sûr. Même les multinationales, à commencer par le dirigeant de Coca-Cola, qui emploie 700’000 personnes, commencent à dire que les inégalités risquent de miner la croissance. Et je sens une oreille plus attentive de la part des dirigeants politiques.»

Ce soir, Philip J. Jenning rencontre Christine Lagarde, directrice du FMI. «Avec DSK, pas de souci, il avait compris qu’il ne fallait pas démanteler les droits des travailleurs. Ce soir, à moi de convaincre son successeur, j’ai bon espoir!» (Anouch Seydtaghia)

Birchermüesli chez OccupyWEF

Deux igloos et deux yourtes, au fond d’un immense parking vide. Relégués à 1600 mètres du centre des congrès, les membres d’OccupyWef coupent ce jeudi matin kiwis et oranges pour leur birchermüesli, sous l’œil d’une équipe de télévision ukrainienne. Corin, 24 ans, faisait partie des membres d’OccupyParadeplatz, à Zurich: «Cette société de consommation ne fonctionne plus. Nous n’avons pas besoin de tous ces équipements électroniques, pourquoi ne pas donner la moitié de nos télévisions aux pays pauvres? Nous vivons largement au-dessus de nos moyens.»

Corin fait partie de la trentaine d’habitants du camp. A côté d’elle, Andreas, 31 ans, alimente le débat. «Il faut cesser avec ce système de taux d’intérêt qui nécessite une croissance continue et incontrôlée. Les ressources de la planète diminuent, personne ne parle des vrais problèmes. Il n’y a rien à attendre du WEF, ils ne font que traiter les symptômes, pas les problèmes.» Venu en visiteur, Andreas affirme qu’il «trouve sa nourriture dans les poubelles pour manger, et pour redistribuer les aliments à ses proches». «Ces grands dirigeants se contrefichent des gens qui meurent de faim à l’autre bout du monde. Ils doivent se réveiller. Je rêve d’une nouvelle société vivant en autarcie, par exemple une Nouvelle-Zélande qui se suffirait à elle-même.» (Anouch Seydtaghia)

■ «Faites-moi confiance, je suis votre banquier» Vikram Pandit est un banquier. Mais pas n’importe lequel. L’homme est directeur de Citigroup. Il commence par un acte de contrition. «Je sais qu’il y a globalement beaucoup de colère contre le système financier, la confiance est cassée.» Mais comme le dit Vikram Pandit, «chez Citi, on revient aux bases (basics)». Avant une transaction, on se demande désormais: - Est-ce bon pour mon client? - Est-ce responsable? - Est-ce bon pour la croissance? «Croyez-moi, les banques doivent servir leurs clients, pas elles-mêmes», conclut-il. (Anouch Seydtaghia)

MERCREDI 25 JANVIER

■ Greenpeace se fait courtiser

En ce mercredi après-midi, Kumi Naidoo est un peu seul sur cette petite place de Davos, à deux pas de la gare. Ils ne sont qu’une dizaine de manifestants, issus d’Amnesty International, d’Alliance Sud ou encore de Greenpeace à manifester pour que leur appel soit entendu. Mais qu’importe, le directeur international de Greenpeace a du souffle. «Rendez-vous compte, des gouvernements ont réussi, en l’espace d’une seule nuit, à débloquer des milliards de milliards de dollars pour sauver des banques. Imaginez un peu comment une fraction de cet argent pourrait permettre de protéger l’environnement, réduire les inégalités ou donner de la nourriture à tout le monde!»

Et non, Greenpeace ne parle de loin pas que d’environnement. «Il faut que les multinationales qui ont leur siège en Suisse appliquent pour leurs sociétés filles, dans des pays en voie de développement, les mêmes standards et la même protection pour les employés qu’en droit suisse. Il en va de leur responsabilité!»

Kumi Naidoo est-il courtisé à Davos? «Plus que vous ne pouvez l’imaginer, tous les directeurs veulent m’avoir à leur table! Mais cela n’empêche pas Greenpeace de mener chaque année des actions contre un nombre plus important d’entreprises» (Anouch Seydtaghia)

■ Faut-il brûler les économistes?

Dans un débat de haut niveau, réunissant notamment les deux Prix Nobel américains Robert J. Schiller et Joseph Stiglitz, les sciences économiques étaient sur le gril. Globalement, les professeurs invités par l éditorialiste Martin Wolf ont admis que leur discipline a été trop arrogante et trop sûre de ses modèles. Toutefois, ses fondamentaux demeurent solides.

Pour Robert Schiller, la crise de la dette va durer une bonne dizaine d années, davantage peut-être selon Joseph Stiglitz, car les bonnes décisions ne sont, actuellement, pas prises. (Pierre Veya)

La croissance est possible

Dans un panel consacré au potentiel de croissance de l’économie mondiale, Orit Gadiesh, présidente de Bain Company, une entreprise de consultance spécialisée dans les grandes tendances technologiques et sociales, s’est montrée optimiste. La richesse mondiale va croître globalement d’un tiers au cours de la prochaine décennie. La part des pays en développement sera d’environ 60%, mais au moins 40% proviendront des pays développés. Et contrairement à une idée reçue, la plus grande part de la croissance sera imputable aux améliorations apportées aux technologies déjà existantes.

Pour les pays développés, les soins à la personne et les services seront des relais de prospérité mais également les investissements dans l’industrie de la défense (les pays émergents seront des clients très importants). En Chine, la croissance sera dominée par la consommation intérieure alors qu’en Inde ou au Brésil l’essentiel des investissements ira aux infrastructures.

Martin Senn, CEO de Zurich Financial Services voit, lui, d’énormes possibilités de développement dans les services liés à l’émergence des classes moyennes en Asie. En Europe et aux Etats-Unis, le contexte de développement est plus mitigé, mais les sociétés qui accepteront le changement pourront tirer leur épingle du jeu. (Pierre Veya)

■ George Soros encense la BNS

Au cours d’un repas avec la presse, le milliardaire George Soros, célèbre notamment pour son coup spéculatif sur la livre anglaise, tenterait-il de s’attaquer au franc suisse? L’homme sourit. «Ah vous savez, je suis maintenant retiré du monde des hedge funds… Mais je ne spéculerais pas. Car la Banque nationale suisse (BNS) est en position d’imprimer autant de francs que nécessaire pour faire tenir le taux de 1,20 franc pour un euro. Sa manœuvre de fixer ce taux était très intelligente.» (Anouch Seydtaghia)

Alors, capitalisme ou capitalisme d’Etat?

Plongée directe dans le grand bain ce mercredi matin avec un débat sur l’avenir du capitalisme. A ma droite, David M. Rubenstein, fondateur de la société d’investissement Carlyle, se montre pessimiste sur l’état de l’Occident. «Les pays émergents ont suivi ce qui se passait à l’Ouest et commencent, depuis quelques années, à nous dépasser. Ils font même mieux que nous avec leur capitalisme d’Etat. Regardez ce qui se passe en Chine. Il y a davantage de jobs créés et de manière plus rapide que chez nous. Si nous ne réglons pas rapidement nos problèmes majeurs, comme celui de la dette, ce type de capitalisme risque de prévaloir.»

Une menace, ce capitalisme d’Etat? A ma gauche, Raghuram Rajan, professeur de finance à l’Université de Chicago, le craint. «Je ne suis vraiment pas certain que ce capitalisme d’Etat fonctionne à long terme pour l’innovation, qui est le moteur de la croissance. En Chine, ce sont les petites structures, les petites entreprises, qui sont les plus innovantes, pas les grands groupes. Or, nous avons un sérieux problème à l’Ouest car la demande glisse de plus en plus à l’Est. Nos petites entreprises pourront-elles régater avec des entreprises d’Etat orientales? Pas certain. Pas certain non plus que celles-ci créent à long terme de la croissance.» Alors, quelle solution? Faciliter l’innovation à l’Ouest, glissent les orateurs, aider les entrepreneurs et cesser de leur mettre des barrières. (Anouch Seydtaghia)

FMI: «Nous pouvons faire face aux dettes»

L’un des plus hauts responsables du Fonds monétaire international (FMI) s’est déclaré confiant. Certes le problème des dettes des pays développés est gigantesque et totalement inédit, mais le monde peut y faire face pour autant que tout le monde participe au sauvetage, pays avancés et pays en développement. (Pierre Veya)

■ Davos, situation financière

Interrogée sur la situation financière des banques et la solidité des emprunts publics, une majorité des participants d’une session de discussions (pour l’essentiel des banquiers) estime qu’elle est plus grave. L’Europe suscite toujours le plus grand scepticisme sur sa capacité politique à se reformer. La crainte est de vivre une récession de 10 ou 15 ans. (Pierre Veya)

«18% des directeurs vont couper dans leurs effectifs»

Davos, hôtel Steigenberger Belvédère, mardi, 18h30. Attention à ne pas se tromper d’entrée dans l’hôtel, devenu le QG des réviseurs: Deloitte, PricewaterhouseCoopers et KPMG sont présents. Président de PwC, Dennis M. Nally présente, mains dans les poches, les résultats de son sondage annuel auprès de 1258 directeurs d’entreprise issus de soixante pays. Le tableau demeure sombre. «Il y a un an, 23% des directeurs annonçaient qu’ils allaient tailler dans leurs effectifs, aujourd’hui 18% disent qu’ils le feront dans les douze prochains mois», affirme Dennis Nally.

Seuls 15% des patrons interrogés pensent que l’économie mondiale va s’améliorer en 2012, alors qu’ils sont 40% à penser que le chiffre d’affaires de leur entreprise va augmenter durant l’année en cours. Il y a un an, cette proportion était de 48%. Bref, cela se gâte, et selon le responsable de PwC, plus de la moitié des directeurs s’estiment, d’une manière ou d’une autre, affectés par la crise de la dette.

Mais dans le sondage de PwC, effectué au troisième trimestre 2011, ne manque-t-il pas le regain d’optimisme enregistré à la toute fin de 2011 et durant les premiers jours de 2012? «Non pas du tout. De notre point de vue rien n’a changé, nos propres clients confirment d’ailleurs qu’il y a un mauvais climat actuellement», assure Dennis Nally. Et pourquoi les entreprises sont-elles plutôt positives dans l’évaluation de leur situation (beaucoup parlent d’engager des talents cette année) et négatives concernant la situation globale? «Les directeurs ont appris des crises précédentes, leur société est mieux armée face aux conditions actuelles, les sociétés réagissent plus rapidement», assure le responsable de PwC. (Anouch Seydtaghia)

Les thèmes de Davos

Le World Economic Forum de Davos (WEF) s’ouvre aujourd’hui avec deux thèmes qui dominent déjà dans la tête des participants: le risque de récession mondiale et la situation particulière de l’Europe. On attend beaucoup d’Angela Merkel qui, ces derniers jours, donne l’impression qu’elle est prête à bouger pour aider à la mobilisation des fonds nécessaires à l’Italie et à l’Espagne. Mais c’est évidemment la situation économique globale qui inquiète tout le monde, même si la Chine et l’Inde continuent de croître et semblent résolues à se lancer rapidement dans de nouveaux plans de relance si la situation devait se dégrader.

Bien entendu, le capitalisme est au centre des réflexions. A l’évidence, toutes les mesures de régulation annoncées en 2009 sont en discussion; les exigences de fonds propres pour les banques divisent encore et toujours les Etats.

Autre thème que l’on devine: la montée des inégalités qui discrédite les politiques publiques et met sous pression les chefs d’Etat mais également tous les décideurs économiques. A Davos, on ne décide de rien, on parle, on échange. «Espérons que les participants seront un peu plus optimistes à la fin du forum», faisait remarquer un cadre britannique d’une grande banque, en posant le pied à Davos Platz, surpris de voir autant de neige dans les Alpes suisses. «Les Grisons», lui a-t-on fait remarquer. (Pierre Veya)