Avec l'envolée des prix du pétrole et l'anémie du billet vert, l'industrie chimique européenne traverse une passe délicate. D'autant que plusieurs segments des spécialités chimiques sont confrontés à d'importantes surcapacités. Clariant n'en a pas moins réussi à augmenter son chiffre d'affaires de 9% au cours du troisième trimestre 2004 (à 2,13 milliards de francs), porté par une croissance soutenue en Amérique et en Asie. Le groupe chimique bâlois renoue ainsi avec un bénéfice net de 170 millions de francs sur les neufs premiers mois 2004, après une perte nette de 49 millions un an plus tôt. Son concurrent Ciba Spécialités Chimiques (Ciba SC) avait communiqué fin octobre un bénéfice net de 333 millions sur 9 mois, en hausse de 11%, après l'annonce d'un plan de restructuration prévoyant la suppression de 950 emplois en deux ans.

Lentes restructurations

Pour Clariant, les restructurations sont encore plus douloureuses. Les effectifs se sont réduits de 2589 personnes en un an (à 25082 employés). Mais la baisse ne s'explique qu'à hauteur de 400 postes environ sur les 4000 prévus par le programme de suppression annoncé début 2003, explique Clariant. Si la lenteur des restructurations suscite certaines interrogations sur leur efficacité future, l'action a tout de même bondi de 5,1% mardi, portée par les économies substantielles promises par le groupe.

Note positive, Clariant a fait état d'un relâchement de la pression sur les prix des produits vendus. «Clariant a dû concéder en moyenne des baisses de prix de 2% au cours du troisième trimestre 2004. Ce qui est mieux que Ciba SC (-3%)», note Martin Flückiger, de la Banque Leu. La progression des volumes vendus par Clariant (+10%) a aussi été supérieure à celle de Ciba SC (+6%). «L'évolution des marges a été positive pour les deux groupes chimiques bâlois. Mais Clariant offre à mon sens davantage de potentiel pour l'investisseur, en raison d'une valorisation plus attrayante», conclut-il.

Longtemps perçu comme le moins bon élève, Clariant est donc en voie de redorer une partie de son blason auprès des investisseurs. Nombre d'entre eux n'oublient pourtant pas que le titre a vu sa valeur divisée par cinq depuis le pic atteint il y a six ans. Dans le même temps, celle de Ciba SC a été divisée par 2,3.

Un autre groupe de spécialités chimiques dévoilait des résultats légèrement décevants mardi: le groupe Sika a amélioré son bénéfice net de 34% à 110,6 millions sur 9 mois, compte tenu d'un chiffre d'affaires en progression de 11,7% à 1,94 milliard.