Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas dans la chimie. Alors que l'action Ciba a dévissé de 8,6% mardi suite à la publication de chiffres au premier trimestre inférieurs aux attentes, le titre de Clariant a bondi de 19,3% à 11,49 francs mercredi. Comment expliquer un tel écart? A priori, peu de choses distinguent ces deux groupes, qui voient leur chiffre d'affaires s'éroder et leur bénéfice net chuter de moitié par rapport à l'an précédent. Ciba et Clariant sont pénalisés par des effets de change défavorables suite à la chute du dollar. S'y ajoute la hausse du prix des matières premières que les deux entreprises de spécialités chimiques peinent à répercuter sur leurs clients. Cela favorise au contraire de plus grands groupes comme l'allemand BASF ou, à l'inverse, des sociétés axées sur des stratégies de niches telles que Ems-Chemie ou Lonza qui ont mieux su préserver leurs marges.

Marges préservées

Clariant fait néanmoins mieux que Ciba. Premièrement, Clariant surprend avec un résultat opérationnel (EBIT) avant éléments exceptionnels en hausse à 167 millions de francs entre janvier et mars, contre 152 millions un an plus tôt. Clariant hisse ainsi sa marge opérationnelle à 7,9% (7,1% en 2007), alors que celle-ci recule chez Ciba à 6,9% (8,1%) sur une base comparable. Deuxièmement, Clariant confirme ses objectifs pour l'année 2008. Le groupe prévoit même une hausse de sa marge opérationnelle avant éléments exceptionnels. C'est tout l'inverse chez Ciba: le groupe dirigé par Brendan Cummins prévoit désormais une baisse de son résultat opérationnel hors restructuration de 15% par rapport à 2007, alors qu'une hausse de 10% était mentionnée en février!

Troisièmement, Clariant a réussi à accroître ses ventes en monnaies locales dans deux de ses principales divisions, à savoir les produits chimiques fonctionnels (+9%) et les pigments et additifs (+6%). Chez Ciba, seule la division des additifs «plastics» augmente ses ventes de 1% en monnaies locales, mais elle a été confrontée à des problèmes de production.

Si Clariant apparaît mieux positionné, sa direction reste prudente pour la suite, évoquant des perspectives macroéconomiques «toujours plus incertaines». La Banque cantonale de Zurich (BCZ), qui recommande le titre à «neutre», salue la stratégie de Clariant, axée «d'abord sur les prix de vente plutôt que les volumes». A plus long terme, seules de plus amples restructurations pourront conduire à une amélioration durable de la croissance et de la rentabilité de Clariant, nuance BCZ.

Position instable

La position de Ciba devrait, elle, rester instable à moyen terme, estime BCZ, qui maintient l'action à «sous-pondérer». Même son de cloche chez Vontobel, qui estime que la «visibilité d'ensemble reste faible» pour Ciba. Cela n'a pas empêché le titre Ciba de rebondir de 3% à 34,58 francs mercredi.