Conflit

Clariant: western spaghetti à la sauce bâloise

Après l’échec de la fusion entre Clariant et Huntsman, rien ne va plus entre l’activiste White Tale, le premier actionnaire du groupe chimique bâlois, et le management. Qui saura attirer à soi les autres actionnaires? Un duel hors du commun s’annonce pour les prochains mois

A ma gauche, le hedge fund activiste de White Tale, premier actionnaire du chimiste Clariant avec plus de 20% du capital. A ma droite le management du groupe bâlois, présidé depuis 2008 par Hariolf Kottmann, l’architecte de l’assainissement du groupe et du projet de la fusion avec le texan Huntsman.

Le torchon brûle entre les deux camps. Après les communiqués respectifs des derniers jours, il est devenu évident que chacun n’attend plus que le moment d’en découdre, à la prochaine assemblée générale. La tension est extrême. «Il ne manque que la musique d’Ennio Morricone à ce western spaghetti», écrit la Finanz und Wirtschaft.

Très forte hausse de l’action

Les seuls à se réjouir sont les actionnaires. Sur un an, l’action a gagné 66%. Clariant vaut près de 9 milliards de francs aujourd’hui. L’annonce par le management, fin octobre, de l’échec de la fusion à 20 milliards de dollars entre Clariant et l’américain Huntsman, n’a fait baisser le titre de 5% que brièvement. Cet échec de la direction symbolisait aussi la victoire de son principal adversaire, l’activiste White Tale.

La logique de la fusion, présentée à la veille de l’été, n’a jamais vraiment convaincu. Au cours des trois semaines qui ont suivi l’annonce de l’opération, le titre Clariant avait également perdu 5%.

Lire aussi:  La bâloise Clariant renonce au mariage avec son concurrent américain

Le groupe bâlois se concentre sur les spécialités chimiques, dont la plus connue est un dégivrant pour avions, et profite de marges élevées; Huntsman est spécialisé sur les produits chimiques de base à faible profitabilité. L’offre de fusion, «sans prime pour l’actionnaire, sans cash et sans grand potentiel d’économie ne pouvait pas alimenter l’euphorie», note Bilanz. «Il aurait été préférable pour le groupe suisse d’attendre une amélioration de la marche des affaires ou de trouver un acheteur qui offre une prime sur le titre», expliquait cet été un analyste de Baader-Helvea au magazine alémanique.

Un show TV mal vu

La fusion aurait toutefois permis à l’ensemble de se hisser au deuxième rang de la branche avec 13,2 milliards de dollars de chiffres d’affaires, derrière l’allemand Evonik. La communication de l’opération a également déplu. Hariolf Kottmann s’est fait filmer par les caméras de la TV suisse le dimanche 21 mai, à la veille de l’annonce de la fusion. Une première en Suisse, critique Bilanz. «Un ego-show», selon Finanz und Wirtschaft.

L’opposition de White Tale à la fusion, rendue publique le 4 juillet à New York, a donc atteint son but à la fin octobre. Et maintenant?

Lire également:  Les populistes de la finance

Les deux camps se sont rencontrés à Zurich la semaine dernière afin de discuter d’un plan B. Mais White Tale n’a pas présenté de plan d’avenir précis sur la meilleure manière de créer de la valeur à long terme, a indiqué le groupe suisse. L’activiste demande trois sièges au conseil d’administration et l’aide d’une banque d’investissement pour procéder à une procédure de réexamen de Clariant. Le conseil d’administration, qui n’est prêt à offrir qu’un siège au conseil, interprète l’appel à un banquier comme le prélude à un démantèlement et à la vente des différentes unités aux plus offrants. Pour Hariolf Kottmann, ce serait un retour à la case départ, lui qui a multiplié les efforts ces dernières années pour sortir Clariant de l’image de proie potentielle.

En quête de rendements

White Tale rejette les accusations de démantèlement et entend au contraire défendre l’indépendance de Clariant. «Le message consiste à montrer que White Tale a l’intention de se rapprocher des autres actionnaires directement», écrit un analyste de Morgan Stanley. Les autres principaux investisseurs, ce sont essentiellement le fonds souverain norvégien, Blackrock, les grandes banques suisses et les principaux gérants de fonds, ainsi que Süd-Chemie, fruit du rachat effectué par Clariant en 2012.

L’essentiel pour les actionnaires, c’est une hausse du cours de l’action. Pour l’assemblée générale ordinaire, prévue le 19 mars prochain, Finanz und Wirtschaft propose dès lors la musique de «Pour quelques dollars de plus». Il est toutefois possible que White Tale fasse appel à une assemblée extraordinaire puisqu’il dispose des 10% d’actions nécessaires. Les délais sont toutefois restreints d’ici à mars. En attendant, l’action n’est plus bon marché. L’objectif de cours de Morgan Stanley est de 19 francs alors qu’en bourse, le titre se traite à 27 francs.

Le conflit n’empêche pas le groupe de bien se comporter. Le bénéfice d’exploitation au troisième trimestre a dépassé les attentes de 4%. La reprise conjoncturelle en Europe profite aussi à ce groupe chimique. La marge bénéficiaire, actuellement de 15%, s’améliore progressivement.

Publicité