Le revenu de la classe moyenne a moins progressé que celui des plus riches et des plus pauvres en Suisse. En fait, il a presque stagné pendant les années 1990 à 2001, montre une étude réalisée par le bureau bernois Ecoplan sur mandat de l'Administration fédérale des finances. Ses données auraient sans doute été utiles dans le débat sur le paquet fiscal soumis au peuple le 16 mai, mais ce ne sera pas le cas: le Conseil fédéral prendra connaissance du document la semaine prochaine seulement… trois ans après le postulat de la députée Jacqueline Fehr qui l'a suscité.

En ayant eu connaissance, le magazine Cash a dévoilé quelques éléments dont l'exactitude est confirmée par son auteur, André Muller, qui ne peut en dire plus à ce stade. La première conclusion confirme et chiffre un sentiment que partagent beaucoup de familles à revenus moyens: les charges fixes mangent une part croissante du budget. Sur un revenu brut de 66 000 francs, 11% sont affectés en moyenne aux taxes et impôts, 13% aux prélèvements sociaux. Quand on enlève du reste le loyer (14%) et les assurances (7%), le revenu disponible ne représente plus que 55% du total.

Hausse des charges fixes

Ecoplan a divisé la population en dix catégories, des 10% les plus pauvres aux 10% les plus riches. Les deux plus basses sont les plus touchées par l'augmentation des charges fixes (les assurances et les charges sociales davantage que les impôts, d'ailleurs). En revanche, le décile le plus pauvre est celui dont le revenu a le plus progressé de 1990 à 2001, de 1,5% en moyenne annuelle, suivi du deuxième décile le plus pauvre et… du décile le plus riche (voir graphique). La classe moyenne – et moyenne supérieure en particulier – n'a pas profité de pareille amélioration, son revenu brut augmentant de 0,5% en moyenne. Globalement, les plus riches s'en tirent le mieux: leur revenu brut a progressé, tandis la part de leurs dépenses obligatoires variait peu.

Nul doute que ces données auraient pu nourrir le débat sur le paquet fiscal – pas dans un sens univoque d'ailleurs, car on peut aussi bien en tirer argument pour dénoncer le «cadeau aux riches» qu'il contient ou, au contraire, justifier les éléments du paquet qui soulagent (aussi) la classe moyenne.

Mais pourquoi tant de temps pour répondre aux questions de Jacqueline Fehr? André Muller précise qu'Ecoplan a été saisi du mandat au début de 2003 seulement, l'administration fédérale ayant apparemment tenté auparavant – sans grand succès – de faire le travail elle-même. Rendue à la fin de l'année dernière, l'étude a encore fait l'objet de différents «co-rapports» de plusieurs départements fédéraux.

Ainsi va la Suisse officielle. Trois ans pour obtenir, trop tard, les éléments d'un débat économique important. Inadmissible.