«Ma PME dans 5 ans, les nouvelles dimensions de l’innovation», le lundi 30 novembre, conférences en ligne de 8h30 à 18h15. Programme et inscriptions: forward-sme.epfl.ch

Pour tout ressortissant suisse âgé de plus de 40 ans, Claude Nicollier, c’est cette silhouette qui s’active sur le télescope spatial Hubble, à 600 kilomètres de la Terre. L’homme a alors 39 ans – nous sommes en 1993. Son action sera déterminante pour soigner la myopie de l’appareil. Il participera à trois autres missions spatiales dans les années 1990.

Claude Nicollier, c’est aussi le pilote de chasse dont la stratégie a, plus récemment, donné un coup de pouce déterminant à l’achat de nouveaux avions de combat par la Suisse. Aujourd’hui âgé de 76 ans, l’astrophysicien et professeur honoraire de l’EPFL siège également aux conseils d’administration de Swatch Group et du Centre suisse d’électronique et de microtechnique, deux entreprises qui l’ont recruté pour «le regard différent qu’il pose sur les choses».

Le scientifique, qui reste le seul Helvète à avoir été dans l’espace, a dialogué en ligne mardi avec les participants de Forward PME. Convié en hors-d’œuvre de la manifestation programmée le 30 novembre, il a livré aux entreprises trois pistes de réflexion pour tenir tête à une crise qui s’annonce aussi pernicieuse que tenace.

1. La passion

«J’ai toujours été passionné par le ciel et par les véhicules techniques qui se déplaçaient dans l’espace.» Pour Claude Nicollier, la passion représente un «multiplicateur d’énergie» permettant d’atteindre un objectif sans souffrance. A ses yeux, ce mécanisme peut aussi s’appliquer pour une PME. Il doit surtout aider à «se focaliser sur un objectif principal».

2. La préparation

«Une sortie dans l’espace représente une activité à risque, ciblée vers des objectifs, dans un environnement risqué.» La préparation revêt donc un caractère essentiel, relève l’astronaute. «Après avoir été sélectionné pour la mission de sauvetage de Hubble, j’ai dû me préparer pendant une année», raconte-t-il. «Dans les entreprises, le temps presse toujours, mais parfois il faut faire trois pas en arrière, se réunir et se dire: «Si ceci se passe dans trois ans, voilà ce qu’on va faire.» Se retirer, peut-être aller dans la montagne, et réfléchir en imaginant des scénarios et, surtout, en pensant aux imprévus.»

3. L’éthique

Selon Claude Nicollier, l’éthique est capitale dans le secteur spatial comme dans l’économie qui, aujourd’hui, se doit d’intégrer la durabilité dans sa stratégie. Cette notion doit aussi représenter une valeur cardinale au sein d’une équipe et en guider la gouvernance.

Et de citer Gene Kranz, directeur de vol de la mission Apollo 13, contrainte de revenir sur terre à la suite de l’explosion d’un réservoir d’oxygène. Celui-ci, qui mettra tout en œuvre pour sauver l’équipage, dira plus tard que «l’échec n’était pas une option».

Un mot d’ordre inspirant pour les entreprises, mais aussi pour les autorités, alors que la deuxième vague déferle sur l’Europe. Claude Nicollier leur offre aussi un peu de légèreté – cruciale dans l’espace – avec cet autre précepte ramené de ses années passées à la NASA: «Fais ton travail sérieusement, mais ne te prends jamais au sérieux.»