L’impression d’un immense malentendu. A la découverte des accusations rendues publiques par le syndicat Unia, le directeur général de Patek Philippe semble tomber des nues.

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Après une première salve début juin, une deuxième est arrivée cette semaine. Jeudi, le syndicat a une nouvelle fois invité la presse pour présenter des témoignages provenant d’employés de l’horloger genevois. Harcèlement, mobbing, discrimination, racisme… à la suite des premiers témoignages de juin, une cinquantaine des 1600 employés (basés à Genève) du groupe ont contacté le syndicat pour lui faire part de leurs mauvaises expériences. En compagnie de la directrice des ressources humaines, Silvia Lorente, Claude Peny donne son point de vue.

Le Temps: Que se passe-t-il chez Patek Philippe? On entend parler d’une grande souffrance, d’une ambiance invivable, toxique, de mobbing…

Claude Peny: Nous sommes surpris. Et très désemparés. Le problème avec ces déclarations est qu’elles sont anonymes et ne nous permettent donc pas de prendre position et d’expliquer ce qui a été fait, au cas par cas. Nous n’avons pas le sentiment d’être parfaits mais, en toute naïveté, chez Patek Philippe, nous faisons beaucoup pour nos collaborateurs. Ces cas nous interpellent et un certain nombre d’entre eux ont certainement raison de s’être sentis maltraités.

Est-ce un problème lié à la culture de votre entreprise familiale? Parfois qualifiée de «vieille école»?

C. P.: On pourrait penser familiale et donc paternaliste. Et donc du XIXe siècle. Ce n’est pas le cas. Patek Philippe vit au XXIe siècle! Je suis le directeur général de cette entreprise depuis 20 ans, avec la grande confiance de la famille Stern [propriétaire de l’entreprise, ndlr]. L’objectif non écrit de cette entreprise, c’est de faire en sorte que Patek Philippe vive encore 20, 30 ou 50 ans. Et plus. Vous pouvez l’écrire comme cela: ici, on s’en fout du chiffre d’affaires, on veut de la qualité. Nous sommes une entreprise ouverte, la direction est sur place, nos portes sont ouvertes. Je vais moi-même chercher mon plateau-repas à midi à la cafétéria et les gens peuvent venir me parler. Je pense que nous avons la très, très grande majorité de nos employés derrière nous.

Depuis 2018, on assiste à une libération de la parole. Patek Philippe n’aurait-il pas pu éviter un tel dégât d’image en prenant des mesures?

Silvia Lorente: Je suis peut-être naïve, mais les indicateurs que j’ai à disposition témoignent d’un environnement de travail sain. Quand je suis arrivée en 2019, j’ai demandé une étude sur le climat de travail. Le taux de satisfaction des employés dépassait 80% avec une participation très élevée. Je me souviens d’avoir fait la blague à M. Peny en lui demandant pourquoi Patek Philippe m’avait engagée.

Qu’avez-vous mis en place concrètement comme mesure, au-delà du seul cadre légal?

S. L.: L’Office cantonal genevois de l’inspection et des relations du travail (OCIRT) nous a avertis, en mars dernier, qu’un certain nombre de collaborateurs s’étaient plaints directement à lui. Nous lui avons livré tous les documents nécessaires. Et nous procédons actuellement à une analyse des risques psychosociaux, tout d’abord dans la division «habillement», qui semble la plus concernée. Nous avons également lancé des groupes de discussion supervisés par une commission tripartite (notre responsable santé et sécurité, un membre de la commission du personnel et une société spécialisée externe, PMSE).

Quelles sont les conclusions?

S. L.: Nous allons terminer cette étude fin août. Les premières informations qui sont remontées concernent la division «habillement», que nous avons déménagée récemment de Perly à Genève. Et, oui, le climat y a peut-être changé avec davantage de standardisation, de guides, de lignes de conduite. Nous aurions pu mieux accompagner les changements à ce niveau-là. Mais ce qui ressort aussi, c’est que la grande majorité des employés tiennent à Patek Philippe.

C. P.: Oui, un certain nombre de cadres y ont été remplacés par des plus jeunes. Certains nous reprochent de leur demander de faire en quatre mois ce qu’ils faisaient avant en huit, car nous avons besoin de répondre plus rapidement aux demandes du marché. Alors oui, nous n’avons peut-être pas assez bien communiqué que c’était un objectif à long terme et pas à court terme. Dans tous les cas, nous ne sommes pas à l’abri qu’un de nos responsables interprète les règles à sa façon, mais nos collaborateurs ont des droits auxquels nous veillons. Et c’est très bien comme ça.