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Goût de l’indépendance (6)

Claudio Hintermann: «L’occasion fait le succès, pas la personne»

Cofondateur d’Abacus, Claudio Hintermann a créé l’éditeur de logiciels dès sa sortie de l’Université de Saint-Gall en 1985. Les périodes de rupture sont propices pour se lancer en solo

«L’occasion fait le succès, pas la personne»

Informatique Cofondateur d’Abacus, Claudio Hintermann a créé l’éditeur de logiciels dès sa sortie de l’Universitéde Saint-Gall en 1985

Les périodes de rupture sont propices pour se lancer en solo

«A la sortie de l’université, nous n’avions pas envie d’être engagés par un employeur ou de travailler pour une entreprise existante. Nous n’avions pas même vraiment envie de travailler», plaisante à moitié Claudio Hintermann, cofondateur d’Abacus, se souvenant de la période de la création de la société qu’il a fondée avec deux autres étudiants de l’Université de Saint-Gall en 1985. C’est pourtant cette attitude qui a conduit les étudiants d’alors à créer leur propre entreprise: «Nous avons commencé à développer un logiciel de comptabilité que nous avons proposé à des entreprises de la région.» Le premier produit est commercialisé sous le nom de Fibu, une contraction de «Finanz» (finance) et de «Buchhaltung» (comptabilité).

Trente ans plus tard, la société est devenue le premier fournisseur suisse de logiciels pour les petites et moyennes entreprises, avec plus de 40 000 entreprises clientes. Elle emploie quelque 270 collaborateurs, principalement à son siège de Wittenbach, sur les hauteurs de Saint-Gall. Le fondateur n’en tire aucune gloire personnelle. «L’occasion fait le succès, pas la personne», estime le cinquantenaire. Et d’enchaîner avec une théorie sur les phases durant lesquelles surviennent des changements technologiques fon­damentaux, propices à la création d’entreprises: «Au milieu des années 1980, l’arrivée des micro-ordinateurs a eu des effets comparables à ceux des smartphones aujourd’hui», observe-t-il. Et de pointer du doigt deux vieux ordinateurs Apple, de couleur grisâtre, qu’un employé a placés près de la fenêtre d’un bureau voisin.

Peut-on gérer une entreprise de plus de 270 personnes en gardant l’état d’esprit des débuts? Claudio Hintermann réfléchit: «Il n’est bien sûr pas possible de garder le même état d’esprit avec 200 employés qu’avec 20 collaborateurs. Au début, les autres cofondateurs et moi ne cherchions pas à être les chefs. Mais, ensuite, lorsque l’entreprise a commencé à grandir, cela ne pouvait plus rester un simple jeu. Lorsque vous avez des employés qui ont une famille, vous devez prendre vos responsabilités», poursuit le natif de Milan, qui était venu étudier l’économie à Saint-Gall dans les années 1980. Malgré tout, «il est possible de maintenir une certaine culture d’entreprise», juge-t-il, «à condition de rester indépendant». Sur son site, Abacus indique «préférer une réflexion à long terme à un raisonnement à court terme sur la rentabilité» et ne ménage pas ses moyens pour fidéliser ses employés. Salle de sport, de répétition de musique et deux restaurants jouxtant l’entreprise font partie des aménagements proposés au personnel.

Claudio Hintermann estime­ ­que l’on se trouve à nouveau aujourd’hui dans une phase de bouleversement fondamental. «C’est la première fois dans l’histoire que les gens ont sur eux un ordinateur en permanence. Cela transforme radicalement les processus, dans le privé comme dans le monde du travail.» La gamme de logiciels AbaClik est aussi une réponse à ce changement de paradigme. Cette solution permet, par exemple, aux collaborateurs en déplacement de saisir les prestations, heures de travail ou récépissés avec leur smartphone, sans devoir reprendre ces données à leur retour.

Alors que de multiples start-up lancent des applications, souvent gratuites, dans tous les domaines imaginables, est-il encore possible de gagner de l’argent avec des logiciels? «La culture du tout gratuit est aussi un souci pour nous, comme pour d’autres domaines», reconnaît Claudio Hintermann. Pour lui, une petite société indépendante, si elle est bien gérée et sait anticiper les changements, peut tout à fait rester compétitive: «Les logiciels d’Abacus ont une certaine complexité. Cela constitue une barrière à l’entrée», analyse-t-il.

Est-il possible d’avoir assez de moyens pour la recherche en restant indépendant? Pour Claudio Hintermann, l’autofinancement est une question de principe: «Excepté les bâtiments qui sont financés par des hypothèques, nous avons toujours tout pris en charge nous-mêmes. Lorsqu’il s’agit de financer des projets qui s’étendent sur plusieurs années, l’autofinancement est un grand avantage. Chez Abacus, nous ne dépendons pas de résultats trimestriels pour décider des choix d’investissement ou du lancement de produits.» Et si un projet est arrêté, c’est souvent soit parce que l’équipe n’est pas la bonne, soit parce que le produit est mal positionné, observe-t-il. «En revanche, aussi longtemps que nous pensons que nous sommes sur la bonne voie, nous continuons», dit-il. Abacus a sa propre équipe de recherche et développement d’une quinzaine de collaborateurs, directement placée sous les ordres du directeur. «Il est essentiel de disposer de développeurs qui restent en dehors des processus courants», juge-t-il.

Après trente ans d’activité, comment la société envisage-t-elle les questions de succession? Constituée en société anonyme, Abacus est contrôlée par les fondateurs et des collaborateurs de longue date. Cette structure garantit la stabilité de la société, juge le directeur. A-t-il déjà reçu des propositions de sociétés de capital-investissement? «Oui, souvent, et c’est pénible», soupire-t-il, sans ménager ses critiques à leur encontre: «Acheter des entreprises pour les dépecer et en revendre ensuite les meilleurs morceaux, ça m’a toujours repoussé.» «Nous essayons de saisir des opportu­nités, de proposer de meil­leurs produits que d’autres sociétés ­et si possible en ayant du plaisir dans ce que nous faisons», ­résume Claudio Hintermann. «C’est ça le succès, pas d’avoir 10 millions sur son compte», souligne-t-il, en quittant le bureau pour rejoindre l’apéritif servi au personnel ce jeudi soir de juillet avant le début de la période des vacances.

«Pour financer des projets qui s’étendent sur plusieurs années, l’autofinancement est un grand avantage»

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