L’investissement responsable est né voilà plus d’un siècle déjà, sous la première appellation d’investissements «éthiques», initié par des congrégations religieuses américaines désireuses d’exclure de leurs portefeuilles des investissements en contradiction avec leurs convictions (armement, alcool, etc.).

A l’orée des années 1970, certains investisseurs ont élargi le concept en ajoutant à leurs analyses une mesure de la responsabilité sociale des entreprises. Il ne s’agissait plus seulement d’exclure des sociétés controversées, mais plutôt d’identifier et d’investir dans celles qui démontraient les pratiques les plus responsables.

De l’ESG à l’impact investing, via l’ISR

Aux cours des années 1980 et 1990, de nouvelles méthodologies furent développées pour noter les entreprises selon leur performance Environnementale, Sociale et de Gouvernance (ESG). Cette nouvelle approche se développa sous le nom d’Investissement Socialement Responsable (ISR), qui connut un succès grandissant auprès d’investisseurs tant institutionnels que privés.

L’investissement d’impact («impact investing») est apparu au début des années 2000 comme une suite logique à l’ESG. Il s’agit cette fois de regarder au-delà des critères de responsabilité et de durabilité des entreprises elles-mêmes, pour s’intéresser à l’impact même que leurs projets d’investissements peuvent avoir sur l’environnement et la société. De nombreuses émissions obligataires sont aujourd’hui porteuses du label d’impact investing.

Un cinquième des actifs totaux

Chacune de ces évolutions est venue compléter et approfondir les démarches précédentes avec le double souci de toujours perfectionner l’analyse d’impact tout en facilitant l’adoption de ces démarches par le plus grand nombre d’investisseurs. Aujourd’hui, le marché mondial de l’Investissement Responsable, toutes approches confondues, atteint des volumes considérables. D’après une étude publiée par le GSIA (Global Alliance on Sustainable Investment) en 2015, l’investissement responsable représente désormais plus d’un cinquième des actifs totaux gérés aux Etats-Unis.

Ce succès s’explique par plusieurs facteurs conjugués: l’évolution réglementaire, constante dans sa volonté de promouvoir l’investissement durable; l’amélioration de l’offre, qui voit davantage de solutions d’investissement responsable aujourd’hui disponibles – et plus activement proposées aux investisseurs que par le passé. Au-delà de ces deux facteurs, la croissance soutenue du secteur de l’investissement responsable est aujourd’hui tirée par la demande croissante des investisseurs eux-mêmes.

Rendements et effets positifs

Plusieurs raisons les conduisent en effet à s’intéresser davantage à ces approches. Tout d’abord, un contexte général qui voit les préoccupations environnementales et sociales gagner en importance dans les médias et dans l’opinion publique. Le changement climatique, par exemple, est aujourd’hui devenu un sujet de préoccupation concret pour beaucoup de citoyens qui en constatent les effets dans notre environnement immédiat. Ces mêmes citoyens sont aussi des investisseurs qui cherchent aujourd’hui à orienter une partie de leur capital vers des investissements verts ou plus économes en carbone.

De nombreux investisseurs provenant du monde des institutions à caractère charitable ou non lucratif («not for profit») – fondations, endowments, trusts – sont aujourd’hui à la recherche de stratégies d’investissement qui soient plus étroitement alignées avec leurs objectifs et missions. Il ne s’agit plus seulement de générer du rendement pour financer des projets charitables; de nombreux directeurs de fondations sont aujourd’hui à la recherche de stratégie d’investissements qui puissent générer un rendement tout en ayant simultanément un impact positif pour la société.

Positif pour le cours boursier

Les performances de ces placements responsables sont un troisième facteur important de l’engouement croissant des investisseurs. Pendant longtemps, le scepticisme sur la performance financière de l’ISR a prévalu, faute de données suffisantes. Désormais, de nombreuses études sont disponibles qui attestent que l’investissement responsable n’exige pas de sacrifice financier, tout en permettant aux investisseurs de mieux diversifier leurs portefeuilles avec des actifs moins corrélés.

L’université d’Oxford a ainsi récemment publié un rapport qui recense 41 études universitaires conduites sur ce sujet. 80% d’entre elles concluent que le cours de bourse des entreprises est influencé positivement par de bonnes pratiques en termes de durabilité.

Les «millenials» beaucoup plus exigeants

Enfin, de plus en plus, l’essor de l’investissement responsable s’explique également par une évolution notable des attentes des plus jeunes générations d’investisseurs. Factset et le cabinet de conseil Scorpio ont ainsi conduit une étude récente auprès de 1022 investisseurs privés fortunés. Les résultats publiés en 2017 montrent une nette différence entre la génération des «baby-boomers» (investisseurs de plus de 55 ans) et celles des «millenials» (investisseurs de moins de 35 ans).

Alors que moins de 30% des premiers attendent que leur banquier intègre systématiquement des considérations environnementales et sociales dans la gestion de leurs portefeuilles, cette proportion monte à 61% chez les plus jeunes. Et quand 30% des investisseurs de plus de 55 ans veulent augmenter la part de l’investissement responsable dans leur portefeuille au cours des 5 prochaines années, ce sont 90% des moins de 35 ans qui expriment ce souhait.

Opportunité pour la Suisse

Pour être crédible, l’investissement responsable doit s’appuyer sur une grande intégrité des systèmes de notations, de standards de reporting et d’analyse. C’est un secteur de l’investissement exigeant, demandant compétences et savoir-faire. Face à l’augmentation constante de la demande, il existe une réelle opportunité pour la place financière suisse de participer au développement d’une offre innovante et responsable. Une offre en passe de devenir une condition essentielle pour les gérants de portefeuilles soucieux de bien servir la prochaine génération d’investisseurs.