Sans qu’ils n’aient rien demandé, des milliers de propriétaires suisses d’iPod attaquent Apple en justice. Le Temps s’est procuré un e-mail reçu ce vendredi par un détenteur d’un baladeur numérique de la marque à la pomme. Ce message, intitulé «Apple iPod iTunes Antitrust Litigation», indique au propriétaire de l’iPod qu’il est intégré d’office à une class action (ou «recours collectif») contre Apple. S’il décide de ne pas en faire partie, le consommateur doit lui-même l’annoncer d’ici au 30 juillet 2012.

Derrière cette class action se trouvent des clients américains d’Apple et une technologie introduite en… 2004 par RealNetworks. Ces consommateurs accusaient Apple d’empêcher la lecture, dans leurs iPod, des chansons achetées via le magasin en ligne de la société RealNetworks. Celle-ci avait trouvé un moyen de convertir ces titres pour les faire jouer dans les iPod. Ce qui n’avait pas plu à la marque à la pomme, qui avait rendu techniquement impossible la lecture d’une chanson issue de RealNetworks dans ses baladeurs.

C’est en novembre 2011 que les plaignants, qui accusaient Apple de bloquer la concurrence, obtiennent auprès du tribunal du district nord de Californie le droit de lancer une class action. Début mai 2012, Apple tente de nouveaux pourparlers avec les plaignants, sans succès. Et cette semaine, les premiers e-mails sont envoyés aux propriétaires d’iPod (Shuffle, Nano, Classic) acquis très exactement entre le 12 septembre 2006 et le 31 mars 2009.

«Méthode surprenante»

Comment les plaignants (dont le nom n’est pas connu) et leur cabinet d’avocats (Robbins Geller Rudman & Dowd, à San Diego) ont-ils obtenu les adresses e-mail des propriétaires d’iPod qui s’étaient enregistrés auprès d’Apple? «Il est probable que lorsque le juge a décidé d’accepter le lancement d’une class action, il ait contraint Apple à fournir la liste globale des personnes concernées», avance Michel Jaccard, avocat spécialisé dans les nouvelles technologies au sein de l’étude «id est avocats» à Lausanne. Et de poursuivre: «Cette méthode opt out, qui inclut d’office tous les clients d’Apple dans la plainte, est surprenante. Les avocats ont obtenu cela et vont chercher à rallier un maximum de plaignants pour convaincre le tribunal, sachant qu’ils pourront toucher jusqu’à 30% de la somme finale obtenue d’Apple.»

Impossible de prédire le montant total qui sera obtenu, ni même bien sûr si le moindre dollar sera versé par Apple. Contactée vendredi, la filiale suisse de la firme dirigée par Tim Cook affirmait ne pas avoir connaissance de l’envoi de messages de la part des avocats, qui ont par ailleurs créé le site ipodlawsuit.com.