Le rachat surprise de Busch-Jaeger par Swissmetal a pris de court les grévistes du site de Reconvilier, qui ont décidé de reconduire leur mouvement mais savent désormais que le temps joue contre eux. «La direction a fait la démonstration qu'elle n'a plus envie de notre entreprise», a déclaré à l'ATS le porte-parole des grévistes Nicolas Wuillemin.

De leur côté, une douzaine de décolleteurs représentant selon leurs dires 50% de la production de Reconvilier ont instamment demandé la reprise du travail lundi prochain. Certains ont déjà dû arrêter plusieurs machines, n'étant plus livrés depuis deux semaines en alliages spéciaux produits par «la Boillat». «Il est impératif que les livraisons reprennent dans les plus brefs délais», ont-ils souligné à plusieurs reprises.

Ces clients, la plupart locaux, ont salué la nomination du médiateur Rolf Bloch. Ils ont également fait part de leur attachement à Reconvilier et assuré aux ouvriers qu'ils «respectaient leur combat». Mais «la pérennité de leur poste dépend aussi d'une reprise très rapide des livraisons. La survie de nos entreprises en dépend, ainsi que la crédibilité de la place industrielle». Ils ont reproché à la direction sa «communication zéro», aussi bien vis-à-vis d'eux-mêmes que du personnel: «Elle ne nous inspire plus confiance.»

«Nous ne pouvons pas juger de la force d'adaptation de Busch-Jaeger, déclare l'un d'eux, mais pour l'instant, seule «la Boillat» est à même de fournir certains alliages, dont le développement a parfois pris des années, parfois en commun avec nos ingénieurs.»

Contrairement à ce que laissait entendre la rumeur, il n'existe aucun projet de rachat de «la Boillat» par un pool de clients. «Cela prendrait trop de temps, et ce n'est pas notre rôle», a précisé un décolleteur. Par ailleurs, plusieurs ont déjà diversifié leurs sources d'approvisionnement.

Dans un autre développement, le tribunal civil de Moutier a interdit aux cadres de Reconvilier d'empêcher les camions dépêchés par la direction de venir chercher du matériel pour l'usine de Dornach. Swissmetal est désormais autorisée à faire appel à la police en cas de non-observation de cette décision. Celle-ci est rendue à titre préliminaire. Les vingt-cinq cadres concernés ont dix jours pour se prononcer sur la requête.