Lors de leur réunion du 2 avril à Londres, les dirigeants du G20 prenaient des engagements de lutte contre la crise dans un contexte économique très sombre. La récession se présentait aussi profonde que les perspectives de reprise paraissaient lointaines. Six mois plus tard, le rendez-vous de cet automne à Pittsburgh verra les mêmes dirigeants répondre à leurs engagements alors que la conjoncture s’améliore plus vite que prévu.

Comme le résume l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), «l’actualité économique est encourageante depuis quelques mois» et augure d’une reprise «plus précoce qu’on ne l’imaginait».

Elle a révisé à la hausse, à l’instar de la quasi-totalité des spécialistes en conjoncture, ses prévisions de croissance. Elle anticipe la fin de la récession dans la majorité des économies développées entre la fin de cette année et l’an prochain. Le FMI s’est livré au même exercice dès le début de l’été. Alors qu’il prévoyait une prolongation de la récession pendant une bonne part de 2010, il table à nouveau sur la croissance l’an prochain. En Suisse, les projections du Seco, de la Banque nationale et des trois principaux organismes de prévisions conjoncturelles prévoient le retour à la croissance en 2010, après une récession moins forte cette année que redouté.

Apports extraordinaires

Si la contribution précise des plans de relance et des relâchements monétaires est encore discutée, il ne fait aucun doute parmi les experts que la conjoncture ne se serait pas inversée aussi vite sans ces apports extraordinaires. L’argent bon marché et les commandes publiques ont permis un redémarrage de la production, ce qui a facilité la reprise du commerce mondial. Après le brutal coup d’arrêt au dernier trimestre 2008 et au premier trimestre 2009, la production industrielle s’est reprise, ce qui a permis la mise en place d’un effet d’enchaînement.

Parti de Chine, d’abord, des Etats-Unis et des grandes économies de la zone euro ensuite, le mouvement de reprise s’est fait sentir dans les autres pays. L’Allemagne et la France sont sorties de la récession plus tôt que prévu, au deuxième trimestre 2009 déjà. La Suisse en a largement profité, malgré la modestie de ses plans de relance. La fin de la chute des prix de l’immobilier aux Etats-Unis et au Royaume-Uni a facilité cette inversion de tendance.

Cependant les nuages restent très nombreux. La reprise des marchés d’actions dès le mois de mars ne masque pas la fragilité persistante du secteur financier, encore dépendant des largesses des banques centrales. La production industrielle n’a pas retrouvé le rythme antérieur à la crise et demeure nettement en dessous de son potentiel. Par conséquent, le marché du travail ne bénéficie pas de l’éclaircie, augurant au contraire d’une augmentation du chômage et d’un tassement de la consommation.

Rapide dans un premier temps, la reprise risque de ralentir ces prochains mois. Le FMI prévient, dans ses prévisions d’automne, que «pour un pays moyen, le niveau de production reste inférieur de 10% environ au niveau tendanciel antérieur à la crise sept ans après son déclenchement».

Le prochain virage délicat sera le désengagement des pouvoirs publics. Les banques centrales ferment graduellement leurs robinets à liquidités. Les gouvernements, pour leur part, ont été invités le 3 septembre par l’OCDE à «élaborer, dès à présent, des stratégies de sortie».