Innovation

Climeworks, la société qui fait disparaître le CO2

Basée à Zurich, la start-up va décupler les capacités de son usine en Islande qui permet de capter le dioxyde de carbone et de l’enfouir dans le sol, où il sera transformé en pierre. Dès 2019, particuliers, pays ou entreprises pourront ainsi payer pour compenser leurs émissions

Pendant cette année des 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. La cinquième porte sur «l’économie inclusive», qui vise à mieux tenir des enjeux écologiques, éthiques et égalitaires.

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Le timing était parfait. Lundi, alors que le groupe d’experts sur le climat venait de tancer le monde pour lancer des transformations «rapides» et «sans précédent» qui limitent le réchauffement à 1,5 degré Celsius, une entreprise suisse en profitait pour glisser au public les progrès de sa technologie.

Le GIEC recommande de réduire les émissions de CO2 de 45%. Pourquoi ne pas retirer le CO2? C’est ce que vise Climeworks, une start-up issue de l’EPFZ, en filtrant le dioxyde de carbone de l’atmosphère. La société zurichoise a testé depuis un an avec le fournisseur d’énergie Reykjavik Energy une manière d’aspirer le CO2 avant de le stocker dans le sol islandais. Une technique qu’ils prévoient désormais d’étendre. Pour y parvenir, ils comptent sur les particuliers, entreprises ou pays intéressés à acheter des compensations carbone.

Transformer le CO2 en pierre

Le projet pilote, financé par le projet européen Horizon 2020, implique d’aspirer le CO2, de le mélanger à de l’eau et de l’expédier à une profondeur de 700 mètres. Là, la solution peut réagir au contact du basalte (une roche volcanique) et se transformer en une pierre blanche, calcaire et sans danger. Le tout en moins de deux ans, selon la start-up qui a levé 30,5 millions de francs en août dernier.

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L’achat des compensations sera possible dès 2019, mais la société créée dix ans plus tôt ne dévoile pas encore le prix. Pour l’instant, elle évalue entre 600 et 800 dollars le coût du stockage par tonne. Cité par le média en ligne Quartz, Christoph Gebald, cofondateur de Climeworks, estime que ce montant pourrait descendre en dessous de 100 dollars à mesure que l’entreprise se développera.

Il existe d’autres initiatives pour stocker des gaz à effet de serre. La Norvège utilise d’anciens gisements gaziers pour des expérimentations depuis une vingtaine d’années. Elle compte passer à l’étape industrielle: l’an dernier, elle a présenté un projet ambitieux de captage et de stockage au large de ses côtes auquel participent des entreprises dont Total et Statoil.

Emissions «négatives»

Une différence notable existe avec Climeworks et ses rares concurrents – en premier lieu le canadien Carbon Engineering fondé par un ancien d’Harvard. Les projets comme ceux de la Norvège cherchent à réduire les émissions, par exemple d’une centrale, et permettent au mieux d’être neutre en carbone. Les premiers cherchent, eux, à produire des émissions dites «négatives». C’est ainsi que Climeworks s’est fixé l’objectif de capturer 1% des émissions mondiales d’ici à 2025 (environ 300 millions de tonnes).

Des critiques existent, moins sur la technologie elle-même que sur sa portée et son coût. Il apparaît plus simple de réduire les émissions en se concentrant sur les énergies renouvelables. Car, d’une part, il faudrait un nombre incalculable d’usines pour atteindre une réduction tangible des émissions. Dans son site d’Hinwil (ZH), Climeworks peut retirer jusqu’à 900 tonnes de CO2 par an de l’air, l’équivalent des émissions de 200 voitures. Les capacités de son installation en Islande vont passer de 50 à 2500 tonnes par an. Une troisième usine, inaugurée ces derniers jours en Italie, permettra d’en filtrer 150 tonnes par an.

D’autre part, la rentabilité n’est pas garantie. Soit l’entreprise revend le CO2 récolté, ce que fait Climeworks dans son usine zurichoise, où il est capturé puis utilisé par des agriculteurs pour des utilisations aussi inattendues que la stimulation la croissance de tomates. Il peut aussi servir pour des boissons gazéifiées. Ou pour produire de nouvelles sources d’énergie. Soit la société dépend du bon vouloir des acheteurs intéressés à compenser leurs émissions. Or, manque de chance – et mauvais timing cette fois –, alors que l’entreprise annonçait lundi son développement en Islande et l’ouverture de pré-inscriptions, son site tombait ensuite momentanément en panne.


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