Cette fois, c'est l'attaque, frontale, froide. Le géant français des médias Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré, a déclaré ce mercredi 15 septembre qu’il comptait acquérir la participation de 18% du fonds Amber Capital dans le groupe Lagardère, et son intention de déposer un projet d’offre publique d’achat pour acquérir le solde de Lagardère.

Vivendi possède notamment Canal+, CNews, mais aussi le groupe Editis, qui comprend Robert Laffont ou Plon.

Lagardère contrôle la radio Europe 1 et le groupe Hachette, lequel héberge Grasset, Fayard, Larousse, Le Livre de poche ou les éditions Albert-René, éditrices d'Astérix, une régulière source de revenus.

L'affrontement de deux hommes

Depuis des mois, les rapports entre Vincent Bolloré et Arnaud Lagardère, tous deux héritiers d'entreprises fondées par leurs pères, se sont détériorés. Récemment pourtant, Arnaud Lagardère assurait au Point que «Vincent Bolloré m’a toujours soutenu. Il ne fera pas d’OPA sur Lagardère, n’en déplaise à certains journalistes biberonnés aux séries télévisées». Affaibli par des polémiques sur le statut et la gouvernance de son groupe, Arnaud Lagardère a fait de son entreprise une proie. Et le requin le plus proche ouvre les mâchoires.

Avant sa retraite agendée pour le printemps 2022, Vincent Bolloré a manœuvré son groupe dans le sens d'une concentration sur les médias, plus exactement les «contenus» dans le jargon de cette industrie – cela comprend les séries de Canal+. Il a aussi amorcé un virage idéologique vers une droite dure, faisant notamment de CNews l'incubateur du trublion Eric Zemmour, possible candidat à la présidentielle française de 2022. L'industriel breton semble suivre pas à pas le modèle de l'Australien Robert Murdoch, qui a composé son empire américain sur la base de lucratives industries du divertissement (Fox) et de médias alignés sur sa ligne politique.

Des risques de concentration

Vivendi, qui détient déjà 27% de Lagardère se donne jusqu’au 15 décembre 2022 pour réaliser cette opération annoncée à un prix par action de 24,1 euros, ce qui équivaut à environ 20% de prime par rapport au cours actuel. Celle-ci est soumise à l’autorisation de plusieurs autorités, dont le Conseil supérieur de l’audiovisuel et la Commission européenne, en raison des risques de concentration dans les secteurs de l’édition et des médias.

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Vivendi et Amber Capital avaient passé un accord en août 2020, au cœur d’une bataille actionnariale chez Lagardère, qui comprenait un droit de première offre et de préemption réciproque. Le fonds a proposé à Vivendi d’acquérir sa participation, et le conseil de surveillance du géant des médias, propriétaire de Canal +, Havas et Editis, a accepté et conclu un «contrat de vente sous conditions.»

Une offre publique

«Cette cession marque l’aboutissement d’un long processus et d’une stratégie d’investissement dont les objectifs ont été atteints», déclare dans un communiqué distinct Olivier Fortesa, associé gérant d’Amber Capital, le fonds britannique qui avait initié la fronde contre la gouvernance de Lagardère.

Avec la part d’Amber Capital, Vivendi se retrouverait propriétaire de 45% du capital et de 36% des droits de vote de Lagardère, ce qui l’oblige à déposer une offre publique sur le solde des actions. Les autres principaux actionnaires sont Arnaud Lagardère, Bernard Arnault (Financière Agache) et le fonds souverain du Qatar.

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«Par voie de conséquence, un projet d’offre publique au même prix visant toutes les actions Lagardère non encore détenues par Vivendi sera déposé à titre obligatoire auprès de l’Autorité des marchés financiers conformément à la réglementation applicable», explique Vivendi dans son communiqué.