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Inauguration d'un centre de recherche et développement de Coca Cola à Mexico, le 8 septembre 2016.
© Rebecca Blackwell/Keystone

Consommation

Comment Coca et Pepsi paient pour défendre leur marché des sodas

Selon une étude, les deux géants des boissons sucrées consacrent des millions pour financer des programmes de santé publique mais s’opposent à tout effort de réduire la consommation. Dans le même temps, l’OMS tire la sonnette d’alarme contre l’obésité

Dans un plaidoyer lancé mardi soir à Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé les Etats à taxer les boissons sucrées afin de combattre l’obésité, un phénomène grandissant qui touche un adulte sur trois dans le monde. L’agence onusienne affirme qu’il existe des preuves croissantes que l’imposition des taxes sur les sodas résulterait en une réduction proportionnelle de la consommation. «Si les gouvernements imposent une taxe, ils peuvent réduire les souffrances liées au surpoids et sauver des vies», a déclaré Douglas Bettcher, directeur de la division prévention des maladies non transmissibles à l’OMS.

Cet appel coïncide avec la publication, lundi, d’une étude par la prestigieuse American Journal of Preventive Medicine. Michael Siegel et Daniel Aaron, chercheurs en santé publique à l’école médicale de l’université de Boston, affirment que Coca Cola et Pepsi, les deux géants américains des sodas, ont versé des millions de dollars à une centaine d’organisations de promotion de la santé ces dernières années. Simultanément, ils n’ont pas lésiné sur les moyens pour financer des lobbyistes pour contrer toute législation voulant réduire la consommation des boissons gazeuses aux Etats-Unis. Leur étude a porté sur la période 2011 à 2015, pendant laquelle plusieurs villes avaient pris des initiatives législatives dans ce sens.

Le silence de Save The Children

La collusion entre les multinationales de boissons gazeuses et des législateurs a fait l’objet de plusieurs enquêtes dans le passé. Mais selon le journal spécialisé, l’étude de l’université de Boston est la première qui analyse le phénomène de façon globale. «Nous voulions comprendre le fonctionnement de Coca et Pepsi en matière de santé publique», a expliqué Daniel Aaron au «New York Times» de mardi. Il s’avère qu’elles y sont opposées, ce qui fait douter de leur politique de sponsoring.

Lire aussi: L’industrie sucrière américaine a menti sur le risque cardio-vasculaire

L’étude montre que de nombreuses organisations, dont certaines sont très connues, ont accepté la générosité de l’industrie des boissons gazeuses, puis ont retiré leur soutien à des programmes de prévention contre l’obésité. Un exemple: l’organisation internationale Save the Children avait participé activement à une campagne contre les conséquences des limonades sur la santé dans plusieurs Etats américains. Elle s’est tue en 2010, après avoir accepté un don de cinq millions de dollars de Pepsi. Selon l’étude, elle avait cherché aussi à obtenir un financement de Coca-Cola. Dans une réaction à la publication de l’étude américaine, Save the Children a justifié son retrait en disant qu’elle avait réorienté ses programmes.

En 2012, lorsque la ville de New York voulait bannir la vente des bouteilles de deux litres de soda, l’Academy of Nutrition and Diatetics avait évoqué des résultats contradictoires de diverses recherches et avait renoncé à soutenir l’initiative. Les deux chercheurs ont découvert que l’organisation avait bénéficié d’une donation de 525 000 dollars de Coca-Cola. Cette organisation a touché un don supplémentaire de 350 000 dollars l’année suivante.

Six cuillères à café de sucre par jour

L’étude met à jour une longue liste d’organisations sociomédicales qui ont bénéficié des largesses de l’industrie des boissons gazeuses. Selon elle, Coca-Cola, le numéro un mondial, a consacré six millions de dollars par année entre 2011 et 2015 pour s’opposer, par l’intermédiaire des lobbies, à des législations visant à réduire la consommation des sodas. Pepsi y a mis trois millions. En 2009, aux Etats-Unis, l’ensemble de l’industrie a dépensé 38 millions de dollars pour contrer une taxe fédérale pour financer la lutte contre l’obésité. Sans succès.

Les géants des sodas agissent-ils différemment en Europe? Non. Foodwatch, une sorte de chien de garde qui veille sur la qualité de la consommation dans le continent, avait révélé en avril dernier comment Coca-Cola avait financé diverses organisations, y compris de recherche, pour mieux vendre ses sodas. Le fonctionnement est le même qu’aux Etats-Unis. D’un côté, la multinationale finance des programmes de santé publique et de l’autre, elle minimise l’impact de ses boissons sur la santé. Comble de l’ironie, en France, la Fédération française des diabétiques a touché 268 552 euros et le Centre national pour le développement du sport a obtenu 1,1 million d’euros destiné à la lutte contre l’obésité. En Suisse, Coca Cola a répondu qu'elle ne finance aucun programme de santé. 

L’OMS fait le lien entre la consommation du sucre et l’obésité depuis longtemps. Selon elle, les sucres devraient constituer moins de 10% de la consommation énergétique quotidienne d’une personne. Désormais face à l’augmentation du nombre de personnes obèses dans le monde, elle ramène ce taux à 5%. Soit 25 grammes, ou l’équivalent de six cuillères à café de sucre par jour. A titre de comparaison, une canette de boisson gazeuse représente dix cuillères à café de sucre.

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