Dans le cadre de son nouveau rendez-vous hebdomadaire, «Le Temps» vous fait plonger dans la «Suisse 4.0», un pays transformé par la numérisation.

Angélica Herrera Loyo est en Suisse depuis cinq ans. Elle est post-doctorante à l’EPFZ et enseigne les bases de la programmation aux enfants et aux adolescents. Mais elle a d’abord étudié la sociologie, avant de s’intéresser au code informatique, qu’elle a également enseigné dans des écoles au Mexique et en Colombie. Elle était présente pour la deuxième fois dans une classe de Schaffhouse, mais intervient dans d’autres écoles dans le cadre du programme lancé par le professeur Juraj Hromkovic, responsable du développement de la formation, Programmieren mit Logo.

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Le Temps: Pourquoi est-il important que les enfants apprennent la programmation informatique?

Angélica Herrera Loyo: Il est important que les élèves comprennent les notions de programmation, car la technologie envahit tous les domaines de l’existence. Il faut pouvoir comprendre comment cela fonctionne, du moins en avoir les bases. Les exercices que nous leur donnons ont pour but de les aider à développer une pensée construite. Et apprendre le code informatique sert également pour d’autres disciplines: cela aide à développer la pensée logique, et donc les mathématiques, et cela permet aussi de souligner l’importance d’écrire juste. Si on se trompe dans une ligne de code, rien ne fonctionne, l’effet est immédiat. Il faut donc apprendre à être rigoureux. En outre, nous ne cherchons pas à faire de tous les élèves de futurs informaticiens, plutôt de leur laisser une possibilité de développer leur talent ou de s’orienter vers l’ingénierie, car il y a, là aussi, une pensée logique.

Mais des cours d’informatique sont déjà donnés dans les écoles depuis des décennies…

Oui, les élèves ont des cours d’informatique depuis longtemps, mais ils y apprennent à utiliser PowerPoint ou Word. Ce n’est pas du tout la même chose que de comprendre comment un programme, un jeu ou une application fonctionnent. Ce n’est pas non plus la même chose que de savoir ce qu’est la discipline informatique, de découvrir comment se fait la réflexion lorsque l’on crée un programme. Nous attachons beaucoup d’importance à ce que tout se fasse par la réflexion et à ce que rien, pendant la semaine, ne soit le résultat d’un apprentissage par cœur.

Comment réagissent les élèves à ces cours?

Certains, parmi ceux qui ne sont pas nécessairement de très bons élèves, trouvent tout de suite leurs marques avec le code informatique. Il n’y a pas de logique qui dit qu’«un mauvais élève sera nul en programmation» et vice-versa. Au contraire, tous peuvent y arriver. Et comme ils voient immédiatement les résultats, ils peuvent être rapidement galvanisés par le fait de faire juste. A l’inverse, il faut aussi savoir se montrer patient lorsque cela ne fonctionne pas du premier coup.

Vous avez enseigné dans d’autres pays, que pensez-vous de la pratique en Suisse? Qu’est-ce qu’il faut améliorer?

Elle se développe très lentement. Une semaine de cours, c’est bien, cela permet de vivre une expérience. Mais ce n’est pas suffisant. Pour l’instant, c’est encore au bon vouloir des enseignants et des écoles.