En matière d'argent, savez-vous quelle est la différence entre les Etats-Unis et la Suisse? Les Américains les plus riches ont fait fortune dans l'informatique ou grâce à Internet. Chez nous, les mieux placés sont des importateurs de voitures… En soi, ce constat n'est guère surprenant lorsque l'on sait que le chiffre d'affaires mondial de la branche automobile vient à peine d'être dépassé par celui des ordinateurs. L'ennui, pour un pays comme le nôtre, c'est que les Américains risquent fort d'accentuer encore leur avance grâce à l'irruption des communications et des médias dans l'équation informatique. D'un point de vue boursier, ce nouveau cocktail promet d'être explosif car tous les ingrédients d'une forte croissance semblent réunis pour longtemps.

Un seul exemple suffit pour démontrer l'ampleur de la mutation qui s'annonce: dans le domaine des télécommunications, 90% des revenus proviennent actuellement des conversations téléphoniques alors que le transfert des données par les mêmes canaux absorbe déjà la moitié des échanges totaux et ne peut que croître très rapidement demain, Internet oblige.

A terme, et c'est tout l'intérêt de ce domaine, un paysage complètement nouveau va prendre forme, mêlant les protagonistes les plus divers: sociétés étatiques ou privées de téléphone, providers Internet, chaînes de TV par câble, téléphonie cellulaire, satellites sans oublier les sociétés informatiques voire même d'électricité, également bien placées. A ce jeu de chaises musicales, aucune place n'est assurée au préalable: même les monopoles étatiques, sous la pression des nouvelles technologies, ont été privatisés et contraints de perdre les mauvaises habitudes dont ces lourdes bureaucraties avaient le secret.

Dans ce nouvel univers dont les repères sont encore flous, un seul passage obligé demeure: la boucle locale ou, en d'autres termes, le contrôle du client final. A première vue, les sociétés de téléphone disposent là d'un avantage de position. Mais c'est sous-estimer la TV par câble qui pourra bientôt opérer dans les deux sens et surtout la téléphonie sans fil dont les vitesses de transmission vont s'envoler ces prochaines années.

Pour les investisseurs avisés, c'est l'eldorado car la réorganisation au pas de charge de ce secteur y rend les fusions et les acquisitions monnaie courante, leur assurant au passage des performances supérieures à la moyenne. Pour le particulier enfin, c'est la promesse du don d'ubiquité: ce dernier consistera en un petit ordinateur portable capable d'envoyer et de recevoir des messages sans contraintes partout dans le monde.

* fgillieron@mestral.ch