Medtronic a été sélectionnée, au début du mois, comme l’une des 50 sociétés les plus innovantes par le magazine Technology Review du Massachusetts Institute of Technology (MIT). «Près de 200 études cliniques sont en cours à travers le monde», souligne Eric Gasser, porte-parole de ce groupe qui investit environ 10% de son chiffre d’affaires dans la recherche et le développement, soit quelque 1,5 milliard de dollars.

Le spécialiste des stimulateurs cardiaques et des défibrillateurs implantables maîtrise l’utilisation du courant électrique pour faire battre les cœurs. Désormais, la multinationale, qui possède son siège pour l’Europe et l’Asie centrale à Tolochenaz (VD), s’intéresse à d’autres organes pouvant également bénéficier d’impulsions électriques pour retrouver leur fonction initiale. Les stimulateurs sont utilisés pour traiter la douleur chronique, la dystonie, la maladie de Parkinson, l’incontinence ou même les troubles obsessionnels compulsifs. Des études cliniques concernent désormais l’obésité, l’épilepsie, les cystites ou le syndrome de Gilles-de-la-Tourette (une maladie neurologique associée à des tics moteurs et vocaux). En Suisse, Medtronic soutient des études sur les personnes souffrant de dépressions sévères et résistantes à tout traitement. Des études cliniques vont démarrer aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

La technique consiste à implanter dans le cerveau deux minuscules électrodes dans des zones bien précises. Ces deux tiges sont reliées par des fils électriques à un appareil greffé sous la peau au niveau de la clavicule. Celui-ci envoie des impulsions électriques qui interfèrent avec les signaux des neurones. Piloté par l’Université de Bonn en Allemagne, ce projet de stimulation cérébrale profonde a déjà été testé auprès de dix patients.

A l’Hôpital de l’Ile à Berne, la stimulation cérébrale profonde concernera deux patients avec un syndrome de Gilles-de-la-Tourette sévère. «Nous sommes en train de préparer l’intervention du premier patient suisse», explique le neurologue Michael Schüpbach. Berne sera le seul centre suisse qui participera à cette étude. «La stimulation ne détruit pas de tissu, précise le neurologue. Il s’agit d’une intervention réversible et modifiable par télémétrie. Je considère la stimulation cérébrale profonde comme un très grand espoir pour les patients avec des troubles sévères et rebelles aux traitements médicamenteux.»

La Suisse permet au groupe américain de mener diverses recherches. Depuis mai 2009, les HUG participent, en tant qu’investigateur principal, à une grande étude multicentrique qui inclut 1700 patients. Celle-ci concerne le monitoring à distance des défibrillateurs implantables de Medtronic. Il s’agit d’un appareil à l’écoute permanente du rythme cardiaque. S’il détecte une arythmie grave, il donne des impulsions électriques indolores. Si cela ne suffit pas, il délivre un ou plusieurs chocs à haute énergie, ressentis plus ou moins douloureusement. «Le nouveau défibrillateur enregistre des données telles que l’état cardiaque du patient ainsi que le fonctionnement technique de l’appareil. Celles-ci sont transmises par ondes radio, via une borne téléphonique, au médecin qui les reçoit sur un site web sécurisé», explique Haran Burri, médecin adjoint agrégé au service de cardiologie des HUG. L’objectif est de montrer que l’on diagnostique plus tôt les événements cliniques ou techniques grâce à la télécommunication par rapport au suivi conventionnel.»

En outre, l’entreprise a tissé des liens avec les institutions de recherche de la région. Elle collabore par exemple avec le CHUV et l’EPFL dans le développement d’un modèle mathématique permettant de simuler par ordinateur l’activité électrique cardiaque en cas d’arythmie. Il s’agit d’un «cœur virtuel» qui reproduit fidèlement les observations cliniques faites sur un organe malade et permet d’effectuer des expérimentations sur des approches thérapeutiques. L’objectif des études est d’optimiser les traitements de la fibrillation auriculaire, trouble du rythme cardiaque le plus fréquent, qui touche une personne sur dix au-dessus de 65 ans.

Medtronic a toujours un œil sur la recherche helvétique et européenne. A cet effet, le groupe finance avec la société de capital-risque Sofinnova un incubateur sur le site de l’EPFL qui vise à accélérer le développement de technologies innovantes dans le domaine des appareils médicaux.

A l’EPFZ, Medtronic a soutenu les travaux du physicien Roger Lüchinger. Ce dernier a développé un stimulateur cardiaque compatible avec l’imagerie par résonance magnétique. «L’IRM génère actuellement des risques d’échauffement, d’interférences et même de brûlure des tissus, explique Raymond Moser, responsable des études cliniques en Suisse. En outre, le stimulateur cardiaque perturbe les images de l’IRM.» Grâce à un design particulier et à des matériaux très spécifiques, Roger Lüchinger est parvenu à contourner ces différents obstacles. En collaboration avec Medtronic ainsi que plusieurs centres de recherche, un pacemaker de nouvelle génération a été conçu, un progrès important, sachant qu’une bonne partie des patients aura tôt ou tard besoin de ce type de diagnostic.