Une même réalité, marquée par le Covid-19, engendre des réactions diamétralement opposées. D’un côté, l’Allemagne a fait savoir qu’elle voulait demander à l’Union européenne d’interdire, jusqu’au 10 janvier, les séjours au ski et la France a confirmé que les remontées mécaniques resteraient à l’arrêt lors des fêtes de fin d’année. De l’autre côté, la Suisse ne devrait pas retarder le début de la saison d’hiver.

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Le conseiller fédéral Alain Berset a rappelé, ce jeudi devant la presse, que l’objectif est d’ouvrir les stations, mais que ces dernières devront appliquer «parfaitement des mesures de protection». Pour Christophe Darbellay, le président du Conseil d’Etat valaisan, si on ajoute à ces concepts un après-ski aboli et une vie nocturne qui demeure interdite, il n’y a pas de problème à ouvrir les pistes de ski. «Plus que jamais, la population a besoin de se retrouver à l’air libre, appuie-t-il. Je ne comprends pas le haro de nos voisins, alors que la vie reprend gentiment ses droits.»

Le ski victime d’un «délit de faciès»

Le démocrate-chrétien estime que le ski est victime d’un «délit de faciès». Même s’il est conscient des différences entre les remontées mécaniques et les transports publics, il peine à concevoir que l’on puisse traiter différemment ces deux moyens de transport. «Aux heures de pointe, dans les grandes gares du pays, on peut constater des situations pires que celle vécue au départ des installations de Zermatt, il y a dix jours, pendant vingt minutes, et qui a fait couler beaucoup d’encre. Il existe une différence de sensibilité entre les transports publics, obligatoires pour de nombreuses personnes pour se rendre au travail, et les remontées mécaniques, utiles à un loisir qui demande un certain pouvoir d’achat.»

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La Suisse semble à contre-courant. Mais elle n’est pas seule. L’Autriche partage la même vision et prévoit l’ouverture de ses pistes. La pression européenne fera-t-elle plier le chancelier Sebastian Kurz? Si tel devait être le cas, «cela serait très désagréable», indique Christophe Darbellay. Et cela pourrait changer la donne. Au point de voir les stations helvétiques fermer? Le pays ne se trouvant pas en état de situation extraordinaire, il revient aux cantons d’agir en priorité. Pour le ministre valaisan, il s’agit d’un avantage indéniable, car «le Conseil fédéral peut être mis beaucoup plus facilement sous pression».

Risque de saturation des hôpitaux

Parallèlement au tourisme, un autre élément doit être pris en compte et c’est celui-là qui semble motiver les décisions de nos pays voisins: le risque de saturation des hôpitaux. Les accidents liés aux sports de glisse – soit près de 70 000 par année en Suisse – pourraient engorger un système hospitalier déjà sous pression. C’est cette même crainte qui, lors de la première vague, a poussé les autorités sanitaires à demander à la population d’éviter les sports à risque.

S’il reconnaît que les infrastructures helvétiques sont mieux fournies que celles des régions limitrophes d’Italie ou de France, Eric Bonvin, le directeur général de l’Hôpital du Valais, n’écarte pas de tirer, de nouveau, la sonnette d’alarme dans les semaines à venir: «Si la situation n’a pas évolué au moment de l’ouverture de la saison de ski et que nos établissements sont toujours en situation de saturation, nous le ferons savoir. Mais il est impossible de dire aujourd’hui où nous en serons dans un mois.»

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