Les chocs pétroliers se suivent... et ne se ressemblent pas. Les deux premiers chocs (1974 et 1979) aux Etats-Unis, montrent que l'envolée des prix du pétrole a entraîné immédiatement des dérapages salariaux et donc une violente hausse du taux d'inflation. Dans ces circonstances, les autorités monétaires ont resserré leurs politiques du crédit, ce qui s'est traduit par une récession globale. Cette dernière a alors affaibli la demande pour les produits pétroliers, et les cours du pétrole sont redescendus ou ont été stabilisés. Le troisième choc pétrolier (1990) n'ayant duré que quelques mois, l'inflation n'a pas dérapé, la politique monétaire a pu être assouplie, et la récession a été plus douce que dans les deux chocs précédents. Quelles parallèles pouvons-nous tirer pour le choc actuel? L'Amérique, sous le coup de la crise bancaire, a choisi à juste titre de suivre la voie de 1990, luttant contre une récession plutôt que l'inflation. La progression modeste du coût du travail avant et depuis le déclenchement du choc actuel justifie ce choix. Mais pour des raisons structurelles (crise bancaire et endettement des consommateurs) l'Amérique n'évitera pas la récession. En Europe, même si le coût du travail, qui reste le facteur déterminant de l'inflation, semble ici aussi contenu, on a choisi d'avancer plutôt dans le modèle de 1974: ne pas baisser les taux directeurs, en oubliant que la crise bancaire entraîne un resserrement du crédit. L'expérience montre que la politique actuelle ne laisse pas beaucoup de place pour la croissance. On pourrait donc en conclure que le prix du pétrole va redescendre rapidement. Oui, mais il faut compter avec les nouveaux venus. Et ici, leurs politiques économiques axées sur les exportations posent un problème au reste du monde, pays riches ou pauvres. Malgré une forte inflation, leurs politiques monétaires restent trop souples. De plus, leurs recettes budgétaires sont souvent gaspillées dans des subventions adossées aux prix du pétrole, pour garder leurs entreprises compétitives (Chine) ou pour se prémunir de surprises électorales négatives (Inde). Cela n'encourage pas les populations ou entreprises locales à économiser ni à se préoccuper de l'avenir climatique. De plus, cela attise un choc inflationniste domestique et tire le prix mondial de l'énergie vers le haut. Les BRIC et les pays du Golfe doivent désormais aussi assumer leur part de responsabilité dans la gestion du choc pétrolier en changeant leurs politiques économiques. Sinon, une récession généralisée et spontanée inéluctable remettra alors les pendules énergétiques à l'heure.

* Bordier & Cie.