Si, par essence, la démocratie recherche le consensus, l'investisseur doit faire exactement le contraire pour réussir. Le marché de l'automobile, secteur clé de nos économies en termes d'emploi et de revenus pour l'Etat, va démontrer dans les années qui viennent cet inévitable paradoxe.

La volonté politique occidentale estime que le principe du zéro mort doit être atteint sur les routes. De surcroît, il est trop tentant de profiter des vaches à lait. C'est la raison pour laquelle les progrès technologiques (radars, Alcootest) et administratifs (parking…) vont être mobilisés pour y parvenir. L'automobiliste lambda n'échappera pas aux mailles du filet. Mais contrairement à ce que les pessimistes affirment, il ne se rebellera pas car il aura fini par comprendre que le rapport de force entre chasseur et chassé a désormais basculé en sa défaveur.

Jusqu'ici, tout va bien. Il y aura moins de morts sur les routes et les caisses de l'Etat continueront à se remplir. Mais il s'agira d'une victoire à la Pyrrhus car l'automobiliste va lui aussi changer, et en profondeur. D'abord, il fera enfin ses vrais comptes. N'importe quelle voiture coûte, tout compris, près de 1000 francs par mois. A ce stade, il comprendra peut-être que ses assurances maladie restent bon marché par rapport à ce qu'il engloutit, inutilement désormais, pour sa chère et banale petite voiture.

Ensuite et surtout, il aura compris que ses émotions, facteur central de ses motivations d'achat, ne sont plus les bienvenues. Il dépensera moins pour un outil devenu fade et, pire encore, roulera moins vite. Sa consommation d'essence fléchira et il paiera donc moins d'impôts de toutes sortes à l'Etat. Il s'agit là d'une tendance lourde car le monde postindustriel va nous permettre de moins nous déplacer inutilement, surtout aux heures de pointe, notre travail intervenant de plus en plus par le biais d'Internet.

Mais de tels rêves utopistes ne concernent-ils pas qu'un avenir éloigné? – Vous plaisantez! Il y a quelques jours, c'est le patron de VW en personne qui a tiré la sonnette d'alarme. Oui, le bénéfice du géant allemand est en baisse car les automobilistes ont déjà commencé à réduire leurs dépenses pour leur voiture. Et ce n'est ni la Chine, ni d'autres pays du tiers-monde qui vont donner un second souffle à l'industrie automobile. Celle-ci connaît un point d'inflexion majeur au profit des technologies de l'information. Pour les investisseurs, cela signifie que seules les marques de niche pourront encore progresser. Les autres suivront l'exemple de la sidérurgie d'il y a vingt-cinq ans. Alors, adieu bagnole? – Pas encore, mais ses belles années sont déjà derrière elle.