Certains palaces suisses, me suis-je laissé dire, font face à un surprenant problème: leurs suites sont trop bon marché par rapport à leurs concurrents européens. Les prix de ces appartements devraient donc doubler d'ici quelques années.

Encore une folie de nouveaux riches?

- En quelque sorte, mais surtout une des conséquences tangibles du «casse» du siècle.

Or celui-ci a été si énorme que les médias du monde entier se sont limités à en constater mollement les résultats. Ce «casse», qui a porté sur plusieurs dizaines de milliards de dollars, a une date, le début des années 1990, et une victime, à savoir l'ancienne Union soviétique. Les bénéficiaires, eux aussi, sont le plus souvent connus: il s'agit des oligarques, réfugiés à Londres ou ailleurs. Il en manquait une description crédible: la voici sous la forme d'un livre (Rapacités, Éd. Fayard, 2007), écrit par un des protagonistes de l'affaire Clearstream qui, sans doute pour se disculper, nous livre un faisceau de détails édifiants.

Et de nous raconter, par exemple, que la rencontre au sommet à la fin 1992 entre George Bush père et Boris Eltsine avait d'abord porté sur la recherche de ce magot envolé. Mais, pour des raisons idéologiques, les Américains avaient refusé leur aide. C'était avant un certain 11 septembre et le Patriot Act, dont la fonction première allait être justement de pouvoir mener à bien de telles recherches.

La brèche d'alors avait été rendue possible par l'association de la révolution des télécommunications de la dernière décennie - toutes les places offshore devenaient aussi proches que votre voisin de palier - et des possibilités d'anonymat offertes par le système juridique britannique. Sur ce point, l'auteur du livre - bien que français - épargne le système bancaire suisse pour qui l'identification de l'ayant droit économique reste indispensable.

Le mécanisme proprement dit de ces opérations consistait à créer des sociétés en cascade dans des juridictions offshore différentes et faisait appel aux chambres de compensation auprès desquelles il était possible d'ouvrir et d'opérer sur des comptes additionnels secrets (les comptes «morts-vivants»), raccrochés à l'insu des comptes classiques de banques correspondantes.

En termes plus imagés, de gros camions au sigle des plus grandes banques du monde passaient les frontières avec de petites remorques qui, elles, n'avaient pas de plaques d'immatriculation. C'est ainsi que des sommes colossales d'argent gris ont été recyclées dans l'économie mondiale, notamment dans le luxe.