Depuis la crise asiatique de 1998, le rôle de la Chine n'a fait que croître sur la scène internationale. Aujourd'hui, avec l'entrée dans l'Organisation mondiale du commerce, l'importance de la Chine s'accentue encore. Si personne ne remet en cause le succès formidable de la transition économique des régions côtières de la Chine, l'apparition, de la part du gouvernement post-Jiang, au début de 2004, de mesures à caractère fortement social, a jeté un doute sur la force et la durabilité de la croissance de l'économie chinoise. Ajoutez à cela le prix du baril et de la facture énergétique, l'inflation résultante et les problèmes d'infrastructures – logistique, électricité – et les marchés commencent à douter!

Ces mesures sont-elles réellement un danger pour le développement du marché chinois? Elles sont en effet directement liées à une prise de conscience gouvernementale de la forte détérioration du climat social: accroissement de la pauvreté dans les villes et dans les provinces rurales, conditions de plus en plus précaires pour les migrants (quelque 95 millions en 2003), qui constituent la majorité des ouvriers des entreprises manufacturières exportatrices et des entreprises du bâtiment dans les grandes villes, surfiscalité rurale, croissance du chômage (restructuration de l'emploi public, contrats de travail précaires).

Les mesures qu'envisage le gouvernement chinois sont logiques: harmonisation des taxes sur les entreprises étrangères, pour en partie financer la création d'un système de sécurité sociale incluant retraite, maladie et chômage, réformes structurelles du réseau bancaire et des entreprises d'état, mesures favorisant l'emploi des chômeurs, obtention de permis de travail pour les migrants…

Ces mesures ne remettent pas en cause les moteurs fondamentaux de la croissance chinoise – une main-d'œuvre pas chère, travailleuse et omniprésente, des investissements représentant plus de 40% du PIB, une économie de plus en plus libérale et ouverte, attirant des investissements étrangers pour 4% du PIB. Mais la Chine n'est pas seulement une base de production pour le reste du monde (elle produit 70% des jouets au monde, 60% des habits, 30% des téléphones mobiles), c'est aussi un immense marché potentiel. Si ces mesures augmentent les coûts pour les entreprises étrangères, elles apaiseront le climat et aideront à réaliser ce potentiel énorme dans le moyen terme. Mais elles ne sont pas si faciles à mettre en place!