L'heure des premiers bilans a sonné en ce qui concerne la performance 2004 des diverses classes d'actifs dites non traditionnelles. Les hedge funds ayant fortement déçu les investisseurs (surtout helvétiques, qui ont dû aussi faire face à une forte dépréciation du dollar), les obligations convertibles n'ont fait guère mieux. Depuis le début de l'année, l'indice global en convertibles de Goldman Sachs Bloomberg affichait +6,59% en dollar au 20.12.2004, performance bien trop faible pour compenser un dollar en chute libre.

Pourtant les convertibles avaient gagné leurs lettres de noblesse depuis la fin des années 2000, avec des performances justifiant leur introduction dans une grille d'allocation d'actifs. Le caractère hybride d'une convertible permet en effet de sauvegarder la valeur de l'investissement initial grâce aux fonctionnalités purement obligataires, tout en gardant un pied à risque fort modéré dans le marché des actions grâce aux aspects typiquement optionnels incorporés dans ces obligations convertibles. Ce profil risque/rendement attractif a permis de voir affluer énormément d'argent dans les fonds dédiés aux convertibles, surtout de la part des investisseurs de type institutionnel (fonds de pension, assurances, etc.).

Cependant, on oublie souvent que les obligations convertibles restent «un animal à part», bien plus complexe que l'on ne pense, et qui ne réagit pas seulement aux fluctuations boursières des actions sous-jacentes. En fait, des facteurs comme les taux d'intérêt, la variation des qualités de crédit de leurs émetteurs et surtout la volatilité des actions sur lesquelles elles portent ont aussi une importance capitale. Ainsi, la volatilité implicite du marché des obligations convertibles a chuté de plus d'un tiers cette année, grevant d'autant la valeur optionnelle de celles-ci. En Europe, la volatilité implicite se trouve maintenant au niveau historiquement le plus bas, et ne peut que rebondir, si l'on considère ce mouvement comme étant typiquement oscillatoire.

Les marchés boursiers ayant de fortes chances de se reprendre en 2005, comme nous l'affirment de nombreux stratégistes, les convertibles pourraient à nouveau se révéler le cheval gagnant sur lequel miser. Cette fois elles pourraient bénéficier de l'effet inverse de 2004, et donc non seulement profiter de la hausse des actions sous-jacentes, mais aussi du rebond éventuel des volatilités implicites, cela avec un risque toujours trois à six fois inférieur aux investissements directs en actions. Ceci devrait permettre de redorer le blason des obligations convertibles en 2005…

*Responsable de l'équipe de gestion du fonds IFP Fund Global Convertible (CHF).