La fête est finie. A cet avertissement que Nancy Pelosi, présidente démocrate de la chambre des représentants, a lancé à Wall Street la semaine dernière, elle aurait pu rajouter: la chasse est ouverte. En guise de sorcières, les dirigeants aux parachutes dorés des banques sont les coupables idéaux. Les désigner, voilà qui est bien plus rassurant que de chercher les véritables causes de la crise financière.

S'il suffisait de régler la question de la rémunération de quelques dizaines de grands banquiers dans le monde pour éviter les crises financières, ça se saurait. D'ailleurs, les parachutes dorés n'existaient pas dans les années 20, ce qui ne nous a pas épargné le krach de 1929, lui aussi lié à l'éclatement d'une bulle spéculative du crédit. Au demeurant, cette question peut se résoudre sans trop de difficultés. Les actionnaires que nous sommes tous - soit directement, soit par le biais de notre 2e pilier - n'avons qu'à obliger les conseils d'administration à payer d'éventuelles indemnités de départ en actions de l'entreprise plutôt qu'en liquide. Le bonus actuel du patron de Lehman Brothers serait ainsi vite calculé... C'est paradoxalement dans la Grande Dépression des années 30 que l'on trouve l'origine de la crise actuelle. Soucieuses de nettoyer leur bilan des prêts excessifs de la décennie précédente, les banques avaient alors considérablement durci leur politique de crédit. Sur les plans des villes, les banquiers entouraient de rouge les quartiers à revenus modestes. Le hic, c'est qu'ils étaient majoritairement peuplés de minorités ethniques. Pour mettre fin à cette discrimination raciale du «redlining» en matière d'accès à la propriété, le Congrès approuve en 1977 la loi du «Community Reinvestment Act» qui oblige les banques et les caisses d'épargne à octroyer des crédits à toutes les couches sociales de la population, y compris celles à faible revenu. En 1995, le président Clinton va même jusqu'à encourager la délation pour pénaliser les banques qui ne joueraient pas le jeu du crédit généralisé. Résultat, la part d'emprunts hypothécaires à risque sur le total des crédits quadruple en 10 ans. On peut certes accuser les banquiers d'avoir alimenté la bulle par la titrisation de ces hypothèques. Mais ce n'est là finalement qu'un transfert du risque. L'origine du mal est dans ce rêve de la propriété pour tous, largement cautionné par ce même Congrès qui jette aujourd'hui l'opprobre sur les banquiers de Wall Street.

*Union Bancaire Privée